Dans l’enceinte feutrée d’un grand hôtel de la capitale, près de 200 représentants d’organisations de la société civile (OSC) se sont donné rendez-vous pour tenter, une fois encore, de redéfinir leur rôle, leur poids, et surtout leur voix dans la vie publique du pays. Au menu de cette deuxième édition du Forum national : l’adoption d’un document solennellement baptisé Acte du forum. Un texte qui se veut manifeste collectif, condensé de propositions pour renforcer le financement, la visibilité et l'implication des OSC dans la gouvernance environnementale et sociale de Madagascar.
Mais au-delà des grandes déclarations, les participants s’accordent à dire que le chemin reste long. Très long. « L’engagement citoyen demeure marginal », constate avec un soupçon d’amertume Harijaona Andriamoraniaina, directeur exécutif du mouvement Rohy. « Les citoyens devraient être les premiers garants de l’intérêt général. Mais beaucoup se replient encore sur leurs préoccupations individuelles. » Plus direct encore, il interpelle certaines OSC qui, dit-il, se contentent de se concurrencer entre elles dans une course effrénée aux financements, oubliant que faire société civile, c’est d’abord créer du lien, bâtir un rapport de force, inventer une parole qui pèse.
La jeunesse à l’épreuve du mépris
Herline Ramantsoa, vice-présidente du collectif des jeunes OSC de la région Atsimo Andrefana, a, quant à elle, évoqué une autre forme d’exclusion, plus insidieuse : celle du jeunisme disqualifié. « On nous écoute à peine. Parce que nous sommes jeunes, on nous suppose immatures. Pourtant, depuis 2018, nous réclamons un arrêté régional pour limiter la consommation de tortues marines, patrimoine naturel précieux pour notre région. Et personne ne nous répond. »
Il arrive que l’État réagisse aux interpellations citoyennes. Mais sans lendemain. Une écoute sans suites. Une attention de façade. Pas de Conseil économique, social et culturel, réclamé de longue date pour ancrer un dialogue institutionnalisé. Pas de cadre clair pour les interactions entre pouvoir et société civile.
L’exemple de Sakatia, cette île de Nosy Be que les communautés locales occupent depuis des générations, illustre parfaitement ce décalage entre discours et réalité. Louis de Gonzague Razafimanandraibe, président de l’association Tafo Mihavo, alerte : le territoire est aujourd’hui menacé de transfert à un investisseur étranger. « Sakatia n’est pas à vendre. Et pourtant, tout se passe comme si les populations qui y vivent ne comptaient pas. »
Ce forum, aussi noble soit-il dans ses intentions, ne pèsera que ce que les OSC décideront d’en faire. À condition qu’elles ne se contentent pas de signer un énième texte, mais qu’elles s’en emparent pour créer enfin du mouvement. Le vrai. Celui qui bouscule.
Antsa Rakotoarivelo et Ravo Andriantsalama