La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) avance ses pions. Depuis Mahajanga, Arsène Dama Andrianarisedo, président de l’organe électoral, a annoncé la proposition d’une date pour les prochaines élections sénatoriales : le 11 décembre 2025. Mais la balle n’est pas encore dans le camp de la CENI. Il revient maintenant au gouvernement de valider ou non ce calendrier par la publication d’un décret de convocation des électeurs.
La loi organique relative aux élections est claire, un délai minimal de 90 jours doit séparer la convocation du scrutin. Autrement dit, si l’Exécutif veut respecter l’échéancier, le décret doit être publié au plus tard le 11 septembre. Le temps presse. Derrière ce bras de fer institutionnel se cache une urgence politique : éviter un vide au Sénat, puisque les mandats des sénateurs actuels expirent en janvier 2026.
Comme toujours dans ces sénatoriales, la population ne sera pas appelée aux urnes. Le vote est réservé aux grands électeurs : maires, conseillers municipaux et conseillers communaux. Douze sénateurs seront élus, deux par province, tandis que six autres seront nommés directement par le Président de la République. Une mécanique institutionnelle qui confirme la nature indirecte du Sénat malgache, chambre haute davantage pensée comme un contrepoids politique que comme une assemblée représentative du suffrage universel.
Un Sénat aux couleurs de l’IRMAR ?
Le paysage électoral laisse peu de place au suspense. L’IRMAR, coalition présidentielle, règne sur les communes, près de 967 mairies sur 1 695. Les indépendants en comptent 475, tandis que le TIM et ADN se partagent quelques dizaines de sièges. Dans ces conditions, le parti au pouvoir aborde ce scrutin indirect en position de force. Le Sénat de demain risque fort de ressembler à celui d’hier, un instrument au service du pouvoir exécutif, plus qu’une véritable chambre de réflexion.
En parallèle, la CENI réunit à Mahajanga 150 représentants venus des six provinces pour un atelier d’évaluation. Objectif affiché : tirer les leçons des scrutins présidentiel, communal et législatif, afin de renforcer la transparence et d’améliorer la crédibilité du processus électoral. Mais en filigrane, les débats soulignent surtout l’urgence d’une réforme plus large : comment construire un Sénat réellement légitime dans un pays où seuls quelques centaines de grands électeurs décident de ses membres ?
La proposition du 11 décembre ne tient pas qu’à une question de calendrier. Elle ouvre un nouveau chapitre de l’équation politique malgache : entre légalité constitutionnelle, équilibre institutionnel et poids écrasant de l’IRMAR sur le terrain, ces sénatoriales pourraient bien sceller une fois de plus la mainmise du pouvoir en place sur la Chambre haute. À moins que le gouvernement ne tarde à publier son décret, transformant ce scrutin en un test grandeur nature de sa volonté de respecter les règles du jeu démocratique.
Ravo Andriantsalama