Deux figures politiques majeures viennent de basculer dans le camp des détenus. Le général retraité Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat, et la députée Sahondrarimalala Marie Michelle, ex-ministre de l’Éducation nationale, ont été placés en détention provisoire à l’issue de leur présentation devant la justice, lundi soir au Tribunal de première instance d’Anosy. Des inculpations lourdes, sur fond d’atteinte à la sûreté de l’État et de violences liées aux récentes manifestations.
Deux figures du régime Rajoelina sont écrouées. Selon les explications de Narindra Navalona Rakotoniaina, procureure de la République près le TPI d’Antananarivo, douze personnes interpellées aux côtés de Sahondrarimalala Marie Michelle ont été déférées devant le tribunal. Elles sont poursuivies pour propagation et distribution d’argent à des fins de déstabilisation, une infraction prévue par l’article 91, alinéa 3 du Code pénal. Après leur audition, elles ont été placées sous contrôle judiciaire.
La députée, magistrate de premier grade de formation, a pour sa part été entendue conformément à l’article 512 du Code de procédure pénale, après autorisation de poursuites délivrée par la ministre de la Justice. Son immunité parlementaire ayant été levée par le bureau permanent de l’Assemblée nationale, la procédure engagée à son encontre est jugée conforme aux dispositions constitutionnelles. À l’issue de l’instruction, et au vu des charges retenues contre elle, Sahondrarimalala Marie Michelle a été placée en détention provisoire à la prison d’Avaradrano, dans l’attente de son procès, selon les informations communiquées.
Comparution discrète
Sahondrarimalala Marie Michelle, élue du district de Fianarantsoa I, est arrivée à la Cour suprême d’Anosy peu avant 20 heures. Elle en est ressortie vers 21 h 30, sous forte escorte policière. C’est elle-même qui a annoncé à ses proches, devant les caméras, les charges pesant contre elle. « Atteinte à la sûreté de l’État », a-t-elle lancé avant de monter dans un véhicule de la police.
Le général Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat, n’a pas non plus échappé au couperet judiciaire. D’abord placé en garde à vue à la Section de recherches criminelles de la gendarmerie à Fiadanana, puis en résidence surveillée, il a été présenté « en catimini » devant le juge d’instruction lundi en début de soirée. Sa sortie du palais de justice, vers 19 h 30, à bord d’un pick-up de la Gendarmerie nationale aux vitres fumées, par le portail jouxtant la maison des avocats, n’est pas passée inaperçue auprès des journalistes qui attendaient initialement la comparution de la députée.
Le général retraité est inculpé pour complicité de meurtre ainsi que pour coups et blessures volontaires, des faits liés, selon le parquet, aux ordres et encouragements qu’il aurait donnés aux forces de l’ordre lors de la répression des manifestants au mois d’octobre. Il a été placé en détention provisoire à la prison d’Imerintsiatosika.
À noter que les poursuites engagées contre ces deux personnalités ne sont pas liées aux fonctions qu’elles ont occupées, mais aux faits spécifiques évoqués dans leur inculpation. Après Rinah Rakotomanga, déjà incarcérée à la prison d’Antanimora, ce sont ainsi deux autres figures considérées comme proches de l’ancien président Andry Rajoelina qui se retrouvent derrière les barreaux. Un nouvel épisode judiciaire qui confirme le durcissement du climat politique et judiciaire dans le pays, et qui promet d’alimenter durablement le débat national.
Ravo Andriantsalama





