Le gouvernement malagasy franchit un nouveau cap dans sa politique de refondation économique. À travers une série de conventions interministérielles signées à la Primature, ce 21 janvier, l’Exécutif entend faire de la recherche scientifique un moteur direct de création d’emplois, d’innovation et de souveraineté économique.
La refondation économique voulue par les autorités prend désormais corps dans des engagements concrets. Mercredi, à la Primature de Mahazoarivo, plusieurs ministères stratégiques ont officialisé une collaboration inédite autour d’un objectif commun : transformer la recherche en levier de développement réel et mesurable. La cérémonie de signature, suivie d’une table ronde ministérielle de haut niveau, s’est tenue sous le thème évocateur : « De la recherche à l’impact : alliance stratégique pour la refondation et la souveraineté économique de Madagascar ». Une formulation qui traduit l’ambition de rompre avec une recherche confinée aux laboratoires pour la projeter au cœur de l’économie productive.
Cette initiative réunis le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, celui de l’Industrialisation et du Développement du secteur privé, le ministère du Développement numérique, des Postes et des Télécommunications, le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage ainsi que celui de la Pêche et de l’Économie bleue.
Selon le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique Manda-Vy Ravonimanantsoa, la journée a été consacrée à « la signature d’un accord avec quatre ministères, visant l’application concrète des résultats de la recherche dans les secteurs de la pêche, de l’agriculture et de l’élevage, des technologies numériques intégrées ainsi que de l’industrie ». L’objectif affiché est clair : « faire en sorte que les travaux de recherche menés au niveau national aient un impact réel sur la vie quotidienne de la population ».
Des résultats déjà visibles sur le terrain
Au-delà des intentions, certaines retombées sont déjà palpables. Le ministre de la Pêche et de l’Économie bleue, Chan Kit Waye Jaco a ainsi mis en avant l’exemple de l’aquaculture du concombre de mer, issue de recherches menées par des scientifiques malagasy. Une innovation aujourd’hui reprise par le secteur privé et déployée dans le Sud du pays ainsi que dans les régions SAVA et DIANA. « Il s’agit de la première entreprise de ce type en Afrique », a-t-il souligné, évoquant un projet porté par des opérateurs nationaux et devenu un symbole de la capacité de la recherche locale à générer de la valeur économique.
Le ministre a également cité les travaux sur les algues, déjà valorisés par des unités de production employant près de 5 000 familles, avec des revenus mensuels oscillant entre 400 000 et 1 million d’ariary. Ces recherches ouvrent aussi la voie à la fabrication de bioplastiques destinés à réduire l’impact environnemental des plastiques classiques. Un créneau stratégique qui, selon lui, attend encore des investisseurs capables de soutenir cette innovation et de positionner Madagascar comme pionnier régional du bioplastique.
Du côté du ministère de l’Industrialisation et du Commerce, l’accent a été mis sur la protection et la valorisation des innovations. Les chercheurs ont déposé des brevets, désormais exploités par des entreprises en partenariat avec les universités. « Cette collaboration permet aux chercheurs de bénéficier de retombées financières accordées par les entreprises utilisatrices des brevets », a expliqué le ministre, Andrianiaina Rasoarahona tout en appelant les entrepreneurs à s’approprier davantage les résultats de la recherche nationale.
Les échanges ont également mis en lumière le rôle central du projet UNIPOD (University Innovation Pod) présenté comme le bras opérationnel de cette stratégie. Premier incubateur national de recherche publique, il a vocation à transformer les résultats scientifiques en solutions concrètes, en startups et en opportunités économiques, notamment pour les jeunes diplômés. Par cette démarche, l’Exécutif affiche sa volonté de bâtir une économie plus souveraine, inclusive et durable, reposant sur la valorisation du savoir, des compétences nationales et de l’innovation. Reste désormais à traduire ces ambitions en résultats durables sur le terrain.
Ravo Andriantsalama





