Longtemps enfermés dans l’image d’un peuple immuable, les Zafimaniry amorcent aujourd’hui une mutation discrète mais profonde. Entre modernisation des habitats, nouvelles technologies et préservation des rituels ancestraux, cette communauté du sud d’Ambositra redéfinit sa place dans un monde en pleine mondialisation.
Longtemps perçus comme un peuple figé dans le temps, les Zafimaniry, un peuple autochtone installés dans les forêts au sud d’Ambositra, voient aujourd’hui leur mode de vie évoluer. Cette transformation a été mise en lumière lors d’une conférence consacrée à leur rapport à la mondialisation, organisée à l’Institut français d’Antananarivo. Loin de l’image d’un « peuple-musée » cantonné à une culture immuable, ils s’adaptent désormais aux réalités contemporaines, entre nécessité de survie et quête de meilleures conditions de vie.
Cette évolution, souvent mal comprise, appelle à déconstruire les représentations simplistes. Malgré l’isolement géographique de leurs villages, les Zafimaniry ont amorcé des changements profonds dans leur quotidien. Le photographe Tangalamamy, qui a mené une immersion prolongée dans cette région dans le cadre d’un projet artistique, en témoigne.
Selon lui, les transformations sont visibles jusque dans l’architecture traditionnelle. Les maisons en bambou, autrefois emblématiques, cèdent progressivement la place à des constructions plus solides. « Ils disent eux-mêmes que, bien qu’ils soient classés patrimoine national, ils n’ont plus assez de forêts autour d’eux. Ils sont donc contraints de remplacer les toits en bambou par de la tôle, et de bâtir des maisons en dur, notamment pour des raisons de sécurité face à l’insécurité croissante », rapporte le photographe.
Modernité contrainte, identité préservée
Les changements touchent également le mode de communication. Les smartphones ont fait leur apparition dans les villages, le réseau téléphonique est disponible, et l’accès à Internet devient une réalité. Autant de signes d’une intégration progressive dans le monde moderne. Faut-il pour autant craindre la disparition de la culture Zafimaniry ? Pour les intervenants à la conférence, la réponse est nuancée. Les Zafimaniry, rappellent-ils, sont avant tout des Malgaches comme les autres, aspirant à la sécurité et au confort. Les réduire à une simple vitrine culturelle serait une erreur.
Le chroniqueur Vanf a d’ailleurs esquissé une lecture historique de cette évolution. Selon lui, les Zafimaniry suivent un chemin comparable à celui emprunté par les habitants des Hautes Terres centrales, notamment les Ambaniandro d’Antananarivo, il y a près de quatre siècles. « Ils ont quitté le bois pour passer au rotsopeta, des constructions mêlant végétal et terre. Parce que ces populations ont besoin de vivre comme tout le monde. Ce n’est pas parce que l’on vit à Antoetra que l’on n’a pas le droit de vivre au rythme de New York », a-t-il souligné.
Pour autant, modernisation ne rime pas avec reniement. Les Zafimaniry continuent de faire appel aux tangalamena et de pratiquer les rituels traditionnels avant d’entreprendre certaines activités. Entre adaptation et fidélité aux ancêtres, ils tracent leur propre voie, dans un équilibre fragile mais assumé entre héritage culturel et exigences du monde contemporain.
Andréa Razafi et Ravo Andriantsalama





