En rompant le silence, le colonel Patrick Rakotomamonjy a secoué la sphère politique. Accusations à répétition, soupçons de coup d’État, menaces d’arrestation jamais formalisées : sa sortie publique met en lumière un climat de flou et de calculs où se mêlent sécurité, politique et luttes d’influence, au sommet de l’État.
La parole était attendue. Elle est tombée, lourde et sans détour. Hier, dans une vidéo sur Facebook, le colonel Patrick Rakotomamonjy a livré un récit troublant d’une série d’événements qu’il juge injustes et répétitifs dont il est la cible. Quatre épisodes en quelques semaines : une enquête durant les fêtes de Noël pour une supposée tentative de renversement du régime, des accusations de contacts avec des acteurs politiques, des soupçons liés à des rencontres avec de grandes entreprises, puis, plus récemment, une alerte évoquant une arrestation imminente pour coup d’État. Autant d’éléments qui, mirent bout à bout, dessinent un climat d’instabilité et d’incertitude au cœur même des cercles décisionnels.
Se disant toujours disposé à servir la Nation, l’officier affirme toutefois avoir quitté sa famille pour des raisons de sécurité. Il rejette catégoriquement toute implication dans des pratiques de corruption ou de collusion mafieuse, tout en appelant directement la hiérarchie à assumer ses responsabilités. Une interpellation frontale qui résonne comme un défi lancé à l’appareil sécuritaire et politique.
Succession
La réaction officielle ne s’est pas fait attendre. Ce matin, au Centre de conférences internationales d’Ivato, à l’issue des assises de la gendarmerie, le président de la refondation de la République de Madagascar (PRRM), le colonel Mickäel Randrianirina a tenu à calmer le jeu : aucun mandat d’arrêt ne viserait, à ce stade, le colonel Patrick. Une précision qui, loin de dissiper le malaise, renforce les interrogations. « En politique, il n’y a pas de hasard, tout est calculé », a-t-il glissé, invitant l’opinion à analyser la chronologie des faits.
Sur les réseaux sociaux, le député Afakandro Christian a, lui aussi, apporté sa lecture. Tout en affirmant son respect pour l’officier supérieur, il déplore des méthodes qu’il juge contre-productives pour un régime qui se veut soutenu par ses partisans. À ses yeux, le recours à l’émotion et aux mises en scène n’est pas nouveau, et la Refondation, encore jeune, ne peut se permettre d’effacer trop vite les leçons du passé. Plus incisif encore, l’élu évoque une affaire « préparée », pointant des incohérences, notamment autour d’une interpellation dans un site réputé ultra-sécurisé. Il s’interroge également sur les coïncidences de calendrier : le silence prolongé de l’ancien chef de l’État Andry Rajoelina, suivi d’une visite officielle, puis les révélations publiques du colonel Rakotomamonjy. Autant de signaux qui, selon lui, rappellent des scénarios déjà observés par le passé.
Au final, cette sortie médiatique du colonel Patrick Rakotomamonjy agit comme un révélateur. Elle met à nu les tensions, les soupçons et les stratégies qui traversent la haute sphère politique. Dans ce microcosme où rien ne serait laissé au hasard, une certitude demeure : l’affaire dépasse le simple cas d’un officier et pose, une fois encore, la question de la transparence et de la gouvernance au sommet de l’État.
Des feux de projecteurs à une vie cachée
Avant sa récente sortie médiatique qui a ravivé les tensions au sommet de l’État, le colonel Patrick Rakotomamonjy avait déjà occupé une place stratégique au sein de l’appareil présidentiel. Nommé directeur du Bureau des doléances auprès de la présidence de la Refondation, en novembre 2025, il était chargé de recueillir et de traiter les plaintes relatives aux abus, à la corruption et aux dysfonctionnements de l’administration. Une mission sensible, au cœur de la promesse de gouvernance vertueuse portée par le régime.
Mais moins de deux mois plus tard, lors du Conseil des ministres du 21 janvier 2026, son décret de nomination a été abrogé, sans qu’aucune explication officielle ne soit avancée. Cette éviction éclaire est intervenue dans un contexte déjà polémique, marqué notamment par une altercation survenue à Soavinandriana, où le colonel aurait été impliqué dans un différend avec des marchands aux abords du centre hospitalier, une intervention jugée musclée par certains observateurs. Autant d’épisodes qui, rétrospectivement, éclairent d’un jour nouveau la séquence actuelle et les crispations qu’elle suscite au sein du microcosme politique.
Ravo Andriantsalama





