Réunis à Anosy Antananarivo après le passage du cyclone tropical intense Gezani, le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo et le ministre de l’Industrialisation et du Développement du secteur privé, Andrianiaina Rasoarahona, ont lancé un appel appuyé aux entreprises. Face à l’ampleur des dégâts, l’État reconnaît que la reconstruction, et même la réponse d’urgence, ne pourront se faire sans une mobilisation massive du secteur privé.
Le constat est sans détour. « Ce n’est pas une crise locale, c’est un choc national », a déclaré le chef du gouvernement. Gezani, tout comme Fytia, a frappé plusieurs districts, aggravant une situation déjà fragile. Les vivres et les médicaments manquent. Des centres de santé sont détruits ou débordés. L’insalubrité progresse avec les eaux stagnantes. L’approvisionnement en carburant devient critique.
Certes, l’appareil étatique est mobilisé. Le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC) coordonne les opérations. Les autorités locales et les forces de sécurité sont à pied d’œuvre. Mais l’aveu est clair : « L’ampleur des dégâts dépasse les capacités de l’État seul. »
Dans ce contexte, l’exécutif appelle les entreprises à aller au-delà du simple geste symbolique. Il faut acheminer des produits de première nécessité, faciliter l’accès aux médicaments, mettre à disposition des camions, des citernes et des entrepôts, et prioriser l’acheminement du carburant vers les zones sinistrées. En somme, structurer une riposte économique et logistique à la hauteur du choc.
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Au-delà de l’urgence, le gouvernement entend inscrire l’action dans la durée. « Reconstruire à l’identique, c’est accepter la prochaine catastrophe », a averti le Premier ministre. Tôles, ciment, bois, respect des normes cycloniques, mobilisation d’ingénieurs et de techniciens, outils de drainage et d’assainissement : la reconstruction devra être plus solide et mieux planifiée.
Pour encadrer cette dynamique, une « Delivery Unit » sera créée à la Primature. Cette structure ad hoc aura pour mission d’assurer la coordination, la traçabilité et la transparence des contributions. Le message est à la fois politique et économique : rassurer les partenaires internationaux et consolider les appuis budgétaires extérieurs.
En ouverture de la rencontre à Anosy, le ministre Andrianiaina Rasoarahona a tenu à saluer un secteur privé « au rendez-vous ». Plusieurs entreprises ont déjà apporté leur contribution. D’autres sont invitées à rejoindre l’élan, chacune selon ses moyens. Les doléances des entreprises elles-mêmes touchées seront examinées ultérieurement dans un cadre structuré.
L’heure est donc à la solidarité nationale. Mais derrière l’appel à l’unité, un tournant se dessine : face à une catastrophe d’ampleur nationale, l’État assume qu’il ne peut plus agir seul. La reconstruction de Madagascar dépendra, une fois encore, de la capacité du public et du privé à avancer de concert.
Gezani a fait 52 morts et les besoins sont estimés à 151 millions de dollars
Tel est le triste bilan dressé par le BNGRC ce matin dans les locaux du ministère des Affaires étrangères à Anosy. Outre les 52 décès, le cyclone a ravagé cinq régions, 23 districts et 171 communes. Neuf personnes sont toujours portées disparues, 16 428 ont été déplacées et 803 blessées. Sur le plan matériel, 25 366 habitations ont été inondées et 24 699 détruites. Au total, 1 130 salles de classe ont également été endommagées.
Pour faire face à ces dégâts, le rapport présenté par le coordonnateur national des projets au sein du BNGRC, Fabien Rafaliaritiana, estime les besoins totaux à plus de 151 millions de dollars. Environ 30 % de cette somme auraient déjà été mobilisés grâce aux contributions d’entités étatiques et non gouvernementales. C’est dans ce contexte que l’État attend désormais beaucoup du secteur privé réuni à Anosy.
Ravo Andriantsalama







