Chargée du recouvrement et de la gestion des avoirs illicites à Madagascar, l’Agence de Recouvrement des Avoirs Illicites (ARAI) dresse un bilan contrasté dans son rapport annuel 2025. Si les chiffres témoignent d’une activité opérationnelle soutenue et d’avancées notables dans l’exécution des décisions judiciaires, l’institution souligne toutefois des obstacles juridiques et financiers qui freinent encore l’efficacité du système anticorruption.
Créée par le décret n°2021-960 du 29 septembre 2021 et intégrée au Système Anti-Corruption (SAC), l’ARAI poursuit sa montée en puissance dans la lutte contre les flux financiers illicites. Son rapport annuel met en avant une année marquée par le renforcement institutionnel, la coopération nationale et internationale ainsi que l’amélioration des capacités techniques des acteurs impliqués dans le recouvrement des avoirs issus d’infractions.
Sur le plan opérationnel, les indicateurs affichent des résultats significatifs. L’agence a exécuté 219 décisions judiciaires sur 281 reçues, soit un taux global d’exécution de 78 %. Les décisions de gel ont atteint un taux d’exécution de 100 %, tandis que celles liées aux saisies ont enregistré 74 % d’exécution. En revanche, les décisions de confiscation restent limitées, avec seulement un tiers exécuté, illustrant les difficultés persistantes dans la phase finale du processus judiciaire.
Les montants concernés témoignent de l’ampleur des enjeux financiers. À la fin de l’année 2025, plus de 144 milliards d’ariary étaient gelés dans 1 701 comptes bancaires et plusieurs centaines de comptes mobile money. L’ARAI assure également la gestion d’importants biens saisis, dont des propriétés immobilières couvrant plus de 500 hectares, des véhicules, des navires, des produits miniers ainsi que des substances illicites détruites ou mises aux enchères publiques.
Des obstacles juridiques et institutionnels persistants
Malgré ces avancées, le rapport met en lumière plusieurs contraintes majeures. L’absence de chambres spécialisées en saisie et confiscation, l’insuffisance des ressources humaines et financières, ainsi que la lenteur des procédures judiciaires limitent l’efficacité du recouvrement des avoirs. L’agence pointe également un cadre légal encore incomplet, notamment concernant la confiscation sans condamnation préalable ou la gestion des biens saisis.
Sur le plan administratif, l’ARAI fonctionne encore avec un effectif inférieur à ses besoins, notamment dans ses antennes territoriales. À Mahajanga, par exemple, un seul agent est en poste alors que trois sont nécessaires. Malgré ces contraintes, le taux d’engagement budgétaire atteint 99,32 %, signe d’une utilisation quasi totale des crédits alloués.
Pour les années à venir, l’agence ambitionne d’aligner ses actions sur la nouvelle Stratégie nationale de lutte contre la corruption 2025-2030, d’opérationnaliser l’Unité de traçage des avoirs criminels et de renforcer la coopération internationale. L’objectif affiché reste clair : transformer la récupération des biens mal acquis en résultats concrets au bénéfice de l’État et de la transparence publique.
Ravo Andriantsalama








