Le programme de la refondation de la République de Madagascar entre désormais dans sa phase de concrétisation. Présenté samedi dernier devant l’Union africaine par le Chef de l’État, le Colonel Michael Randrianirina, le document fixe les grandes étapes politiques de la transition, allant de la concertation nationale jusqu’à l’organisation de nouvelles élections. Un calendrier ambitieux qui, toutefois, ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique.
Le pouvoir de transition déroule sa feuille de route. Le programme présenté à l’Union africaine s’inscrit dans la continuité de la Politique générale de l’État exposée récemment par le Premier ministre devant l’Assemblée nationale. La ligne directrice demeure inchangée : engager d’abord une concertation nationale dès cette année afin de poser les bases institutionnelles de la refondation.
La seconde étape concerne la réforme du système électoral. Les autorités annoncent une refonte en profondeur destinée à restaurer la confiance dans les scrutins futurs. Parmi les mesures avancées figurent la création d’une juridiction spéciale chargée du contentieux électoral, la restructuration de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ainsi qu’une révision intégrale du registre électoral.
Selon le programme officiel, un référendum constitutionnel destiné à acter l’entrée dans une Cinquième République devrait se tenir entre mai et juillet 2027. L’élection présidentielle, quant à elle, est projetée aux alentours du mois de septembre de la même année.
Ambitieux
Un calendrier jugé ambitieux par certains acteurs politiques. Pour Elia Rabevahiny, président du Comité pour la Refondation de Madagascar (KFIM), la priorité ne réside pas uniquement dans la tenue du scrutin, mais dans la crédibilité de ses résultats. Il estime qu’au regard du contexte actuel, le respect des échéances annoncées demeure incertain et appelle à une réflexion plus approfondie sur les garanties électorales avant toute organisation de vote.
Au-delà du calendrier, la méthode d’élaboration du programme suscite également des critiques. Le KFIM considère que ce document aurait dû faire l’objet d’une consultation nationale élargie et porter l’adhésion des différentes forces politiques et sociales afin de renforcer sa légitimité.
Reste enfin la question sensible de la durée de la transition. Fixée à vingt-quatre mois par la Haute Cour constitutionnelle, celle-ci pourrait néanmoins être révisée, selon une clause incluse dans le programme, en fonction des impératifs liés à la gestion des affaires nationales. Une disposition qui alimente déjà les interrogations sur une éventuelle prolongation du mandat de transition.
Entre volonté affichée de refondation institutionnelle et scepticisme politique, le processus engagé par les autorités ouvre ainsi une nouvelle séquence dont la réussite dépendra autant du respect du calendrier que de la confiance qu’il saura susciter.
Ravo Andriantsalama








