Traditionnellement observée au premier trimestre, l’appréciation de l’ariary face aux devises étrangères est une très bonne chose pour toute l’économie, ou presque. Elle pourrait mettre  en difficulté les exportateurs de produits agricoles et, par ricochet, fragilise les revenus des paysans malgaches.
L’ariary plus fort, une bonne nouvelle ? Pas pour tout le monde. Dans les filières agricoles tournées vers l’exportation, cette tendance saisonnière est perçue comme un véritable casse-tête. Derrière les chiffres macroéconomiques encourageants, une réalité plus rude s’impose aux acteurs de terrain.
Du côté des exportateurs, la hausse de la monnaie nationale renchérit automatiquement les produits malgaches sur le marché international. Résultat : les acheteurs étrangers, contraints par leur budget, réduisent leurs commandes ou se tournent vers des pays concurrents. « Avec la même somme, ils ne peuvent plus acheter la même quantité qu’avant », résume Jean-Luc Dama, président du Groupement des exportateurs de girofle de Madagascar.
L’économiste Andry Aminie illustre cette mécanique avec un exemple concret : lorsque l’euro passe de 5 000 à 4 000 ariary, un acheteur disposant de 10 euros voit son pouvoir d’achat chuter. Là où il pouvait acquérir 5 kg de vanille auparavant, il n’en obtient plus que 3 kg. Une baisse de volume qui impacte directement les exportations.
Onde de choc
Cette pression ne s’arrête pas aux portes des exportateurs. Toute la chaîne de valeur en subit les répercussions. Les collecteurs, voyant leurs marges se réduire, ajustent leurs prix à l’achat. Ce sont alors les producteurs, en bout de chaîne, qui encaissent le choc.
Payés en ariary pour des produits vendus en devises, les paysans voient leurs revenus diminuer. Un producteur ayant gagné 100 000 ariary l’année précédente pourrait, dans ce contexte, ne percevoir que 70 000 ariary cette année. À court terme, l’appréciation de l’ariary agit donc comme un mal-être pour les exportations agricoles. Mais à plus long terme, c’est une bonne chose. Un ariary fort pourrait encourager les investissements dans la transformation locale, permettant au pays de se positionner sur des produits à plus forte valeur ajoutée.
Ravo Andriantsalama








