Elles circulent partout. Sur les réseaux sociaux, dans les transports en commun, dans les quartiers et parfois même dans les médias classiques. Les fausses informations, autrefois simples rumeurs, prennent aujourd’hui une nouvelle dimension à Madagascar. Studio Sifaka a organisé un débat sur les réalités du « fact-checking » à Madagascar, rassemblant journalistes, experts, politiciens et citoyens à Faravohitra.
Longtemps, les fausses informations se limitaient à des récits transmis de bouche à oreille. Mais aujourd’hui, le phénomène a changé d’échelle. Selon Mahefa Rakotomalala, directeur général de la Communication au sein du ministère de la Communication et de la Culture (MCC), une mutation est clairement observable. Les campagnes de désinformation ne sont plus spontanées. Elles suivent désormais des logiques précises, souvent alignées avec des événements politiques. Derrière ces publications, des acteurs organisés, disposant de moyens techniques et financiers, orchestrent la diffusion des contenus. Une structuration qui marque une rupture avec les pratiques d’antan.
Dans cette nouvelle configuration, les outils numériques jouent un rôle central. Fetra Rakotondrasoava, expert en communication et non moins ancien secrétaire général du MCC souligne notamment l’impact grandissant de l’intelligence artificielle. Celle-ci permet aujourd’hui de fabriquer de toutes pièces des contenus crédibles : fausses déclarations, images manipulées, ou encore présence fictive d’une personnalité à un événement. Derrière ces manipulations, rappelle-t-il, il y a toujours une intention humaine, souvent motivée par des objectifs précis.
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C’est dans ce contexte que Studio Sifaka, en collaboration avec l’ONG Communication Idea Development et la radio Sioka, a organisé un débat public à l’occasion de la Journée internationale de la vérification des faits, le 2 avril dernier. L’initiative a été financée par la Commission de l’océan Indien. Placée sous le thème « Les défis, les perspectives et les limites du travail de vérification des faits (fact-checking) à Madagascar », cette rencontre a réuni professionnels des médias, communicants et citoyens autour d’un constat commun : la lutte contre les fausses informations devient de plus en plus complexe.
Les échanges, particulièrement animés, ont mis en lumière plusieurs défis majeurs. D’une part, la rapidité de propagation des infox (mésinformation, désinformation, malinformation) dépasse largement les capacités de vérification. D’autre part, le manque de ressources et de formation en fact-checking limite l’efficacité des initiatives existantes. Enfin, la question de la confiance du public envers les médias reste centrale. Mais au-delà des constats, le débat a aussi permis d’esquisser des pistes. Le renforcement des capacités des journalistes, l’éducation aux médias pour le grand public, ainsi que le développement d’outils adaptés figurent parmi les solutions évoquées.
Ravo Andriantsalama








