Face aux incertitudes internationales et aux tensions sur l’approvisionnement en carburant, l’État malgache a décrété un état d’urgence énergétique. Présentée comme une mesure préventive, la décision suscite toutefois un débat sur ses priorités et son articulation avec la refondation nationale.
Adopté en Conseil des ministres spécial hier soir, le décret instaurant l’état d’urgence énergétique pour quinze jours vise à permettre à l’État d’agir rapidement face aux risques de perturbation du secteur. Le gouvernement met en avant un contexte mondial instable, notamment au Moyen-Orient, susceptible d’impacter directement les prix et l’approvisionnement en carburant. La première mesure prise par les autorités est la suspension du mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants. Une décision annoncée par le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, Radonirina Lucas Rabearimanga ce matin.
Le ministre défend une décision « anticipative ». Selon lui, le maintien du mécanisme d’ajustement automatique aurait entraîné une hausse mensuelle des prix du carburant pouvant atteindre jusqu’à 2 000 ariary d’ici la fin de l’année, sans pour autant atteindre la vérité des prix. Une situation qui aurait généré un passif de plus de 1 500 milliards d’ariary pour l’État, avec des conséquences sociales importantes. La suspension de ce mécanisme apparaît ainsi comme une manière de limiter les effets d’un choc externe tout en préservant les finances publiques.
Urgence contestée
Si l’exécutif privilégie une approche pragmatique, certains observateurs estiment que la mesure intervient trop tôt. C’est le cas de Harimanana Raniriarinosy, spécialiste en droit international et en science politique, qui reconnaît la logique d’anticipation dans un contexte international tendu, mais s’interroge sur la pertinence d’un tel dispositif dans le cas malgache. Pour lui, la priorité devrait être la refondation interne du pays plutôt qu’une réaction à des menaces extérieures encore incertaines. Il plaide pour une approche basée sur la concertation nationale, notamment dans le domaine énergétique. La transition énergétique ne devrait pas se limiter à une gestion d’urgence, mais s’inscrire dans une stratégie de long terme impliquant une meilleure organisation du secteur et une répartition claire des responsabilités.
Au-delà de la gestion immédiate, la question de la dépendance vis-à -vis des fournisseurs étrangers de carburant est également pointée du doigt par le spécialiste en droit international. Une situation jugée structurelle, qui appelle à une réorientation vers plus de souveraineté énergétique.
Ravo Andriantsalama








