À la veille de la Concertation nationale des jeunes (CNJ), le climat se tend. Des membres du mouvement Gen Z, également impliqués dans l’organisation, dénoncent des disparitions inquiétantes et des arrestations qu’ils jugent arbitraires. Entre soupçons, colère et appel à la mobilisation, la tenue même de l’événement est désormais remise en question.
À Andohotapenaka, les voix se crispent et les regards se ferment lors d’une conférence de presse de certaines têtes pensante de la GenZ. À 24 heures de la Concertation nationale des jeunes, ceux-là mêmes qui participaient à son organisation montent au créneau. En cause : la disparition de plusieurs de leurs camarades, dont Miora, membre du comité d’organisation.
« Hier vers 13 heures, elle nous a dit qu’elle était suivie. Après, plus rien », raconte Rado Randriam’s, membre du comité d’organisation de la concertation. L’inquiétude monte d’un cran lorsque les tentatives de contact restent vaines. Un avis de recherche est diffusé sur les réseaux sociaux, avant un appel inattendu. « Dix minutes après, elle nous appelle pour qu’on vienne la récupérer au Bypass et qu’on retire l’avis ». Un rendez-vous est fixé dans la soirée. Mais là encore, le silence s’installe. « Depuis, ils sont tous injoignables », poursuit-il, évoquant également Nomena et le conjoint de Miora.
Au total, ils seraient six à ne plus donner signe de vie, en plus de ceux déjà arrêtés. Une situation qui pousse les organisateurs à suspendre leur implication dans la CNJ. « Nous avons décidé de ne pas poursuivre l’organisation tant que nos camarades ne sont pas retrouvés », tranche Rado. La rencontre avec le Premier ministre, quelques jours plus tôt, n’a pas permis d’apaiser les tensions. « Il n’y a eu aucun résultat, donc les mobilisations ont repris ».
Au-delà des disparitions, c’est tout le processus de la Concertation nationale des jeunes qui est remis en cause. Les critiques fusent, notamment sur ce que les membres du Gen Z qualifient de « failles ». « La note conceptuelle a été élaborée, mais elle ne correspond pas à ce qui est prévu. On a l’impression que tout a été précipité », estime Rado.
Arrangements
Même son de cloche du côté de Felana Andriatahiana, autre membre du comité. Elle pointe du doigt des irrégularités dans la mise en place des structures censées représenter les jeunes. « À peine les discussions sur la Politique nationale des jeunes et les comités communaux et régionaux lancées, le ministère a organisé des élections. Et ce sont majoritairement des jeunes issus du HVM qui ont été élus », déplore-t-elle. « Nous refusons ces arrangements internes ».
Dans ce contexte déjà tendu, des informations sur des arrestations viennent envenimer la situation. « Nous avons appris que trois de nos camarades, dont Herizo et Nomena, sont détenus à la brigade criminelle pour atteinte à la sûreté de l’État », affirme Felana. Une qualification qu’elle rejette catégoriquement. « Il n’y a aucune atteinte. Nous portons des revendications ».
La méfiance s’installe, d’autant plus que les réponses officielles peinent à convaincre. « Quand nous avons demandé ce qu’il en est pour Herizo, on nous a répondu “on verra”. Cela nous inquiète », confie Rado, qui n’écarte pas l’hypothèse d’une implication des autorités. Une version toutefois contredite par la Direction générale de la jeunesse, selon lui. « Ils nous ont dit que ce n’est pas l’État qui est à l’origine des arrestations. Dans ce cas, qu’on nous aide à les faire libérer ».
Malgré les incertitudes, le mouvement maintient son appel à la mobilisation pour le 18 avril. « Ceux qui ont mené les actions en septembre et octobre 2025 seront encore là. Nous ne sommes pas à vendre », lance Felana. Et d’insister sur la portée de leur combat : « Ce n’est pas un changement de joueurs que nous voulons, mais un changement des règles du jeu ». À la veille d’une concertation censée rassembler, la fracture semble plus profonde que jamais.
Ravo Andriantsalama








