Cinquante-quatre ans après les événements du 13 mai 1972, l’atmosphère est restée étonnamment calme au centre-ville d’Antananarivo. Pourtant, cette date marque l’un des tournants majeurs de l’histoire politique de Madagascar, avec une répression sanglante d’une manifestation pacifique, qui a précipité la chute de la Première République.
Calme, trop calme. C’est l’ambiance qui règne aux abords du parvis de l’hôtel de ville d’Analakely, le long de l’avenue de l’Indépendance ainsi qu’à la place du 13 Mai. La vie quotidienne suit son cours habituel alors qu’aujourd’hui est censé marquer la commémoration d’une date importante de l’histoire politique du pays. Marchands de rue, changeurs de devises et autres occupants du centre-ville poursuivent librement leurs activités quotidiennes. À part quelques individus venus déposer des gerbes sur la stèle commémorative, les habitants de la capitale vivent cette journée comme n’importe quelle autre.
Pourtant, il y a 54 ans jour pour jour, la tension était à son comble, le sang a coulé et un régime s’est effondré. Ce jour-là, une vaste manifestation populaire organisée sur l’avenue de l’Indépendance et à Analakely a rassemblé des milliers de personnes. La mobilisation a été violemment réprimée par les forces de sécurité, causant une quarantaine de morts et de nombreux blessés. Ces événements ont précipité la chute de la Première République. Philibert Tsiranana a démissionné peu après au profit d’une transition militaire dirigée par le général Gabriel Ramanantsoa, symbole d’une aspiration nationale à davantage d’indépendance culturelle et politique.
Une mémoire encore portée par les témoins
Pour Sahondra, une septuagénaire ayant vécu les événements, les manifestations visaient avant tout à réclamer la libération des étudiants emprisonnés par le régime Tsiranana à NosyLava. Selon elle, parmi ces détenus figurait « le futur illustre avocat, maître Willy Razafinjatovo, alias maître Olala ». Toujours selon cette dernière, « ce qui a réellement fait dégénérer la situation, ce sont les propos forts du président Tsiranana : “Tsakitsaky zatoarivo”, qui ont déclenché les tirs des militaires sur le terrain et provoqué la mort de plusieurs dizaines de manifestants ».
Présent à Analakely ce matin, le pasteur Edouard Tsarahame, leader du « Rodoben’nyMpanohitra ho an’ny Demokrasia eto Madagasikara » (RMDM), a également exprimé son ressenti face à cette journée. Pour lui, « le 13 mai ne devrait pas se limiter à une simple commémoration, mais transmettre aux générations futures les raisons et les valeurs qui se cachent derrière cette date ». Il insiste également sur le fait que, malgré les années passées, les revendications portées à l’époque restent encore aujourd’hui sans véritables réponses.
Ravo Andriantsalama








