L’affaire autour du concours d’entrée à l’École Nationale de la Magistrature et des Greffes (ENMG) continue de prendre de l’ampleur. Mardi, six prévenus ont comparu devant le Pôle Anti-Corruption dans le cadre d’une présumée fuite de sujets. Mais derrière le volet judiciaire, une autre réalité persiste : celle de centaines de candidats admissibles qui vivent depuis deux mois dans l’incertitude, après le report soudain des épreuves orales.
Le dossier semblait déjà suffisamment sensible pour fragiliser l’image du concours. Les révélations faites devant le tribunal ont ajouté une nouvelle couche de malaise. Parmi les personnes poursuivies figurent trois membres du personnel de soutien de l’ENMG. Les charges évoquées par le ministère public parlent d’abus de fonction, de corruption passive, de favoritisme et d’intermédiation de corruption.
Durant l’audience, l’agent chargé de la reprographie a reconnu avoir transmis le sujet du concours à quatre personnes en échange d’un million d’ariary. Selon ses déclarations, la fuite se serait produite entre 6h30 et 7h du matin, juste avant le début des épreuves écrites. Les autres prévenus, eux, contestent toute implication et affirment n’avoir jamais reçu les sujets.
Un détail a particulièrement retenu l’attention pendant les débats : les candidats poursuivis ne figuraient même pas parmi les admissibles. Une situation qui nourrit encore davantage les interrogations des candidats déjà sélectionnés pour les oraux.
Des années d’efforts suspendues
Pour les admissibles, le choc est venu brutalement. Plusieurs affirment avoir appris le report des épreuves orales seulement quelques heures avant leur déroulement. Certains avaient déjà quitté leurs régions, engagé des frais importantes ou abandonné temporairement leur activité professionnelle pour préparer cette dernière étapes du concours. « J’ai quitté mon ancien travail pour me consacrer entièrement à ce concours. J’avais déjà tenté ma chance en 2022 avant de reprendre les préparations pendant plusieurs années », raconte une candidate admissible. « Quand le report est tombé au dernier moment, cela a été très difficile à accepter. »
Chez d’autres, l’attente commence à laisser place à l’épuisement psychologique. Une autre candidate évoque des sacrifices familiaux importants et une préparation qui s’est étalée sur plusieurs années. Après avoir réussi l’écrit, elle se disait prête pour l’oral avant de découvrir, soudainement, un communiqué annonçant le report à une date indéterminée. Pour beaucoup, l’incertitude devient désormais plus difficile à supporter que le concours lui-même.
Depuis août 2025, l’organisation de cette session du concours avait déjà connu plusieurs reports et complications. Aujourd’hui, certains candidats craignent qu’au-delà du scandale judiciaire, cette succession d’obstacles ne finisse par fragiliser durablement la crédibilité d’un établissement pourtant réputé pour la rigueur de ses procédures de sélection.
Les admissibles réclament désormais que les sanctions visent uniquement les personnes reconnues impliquées dans cette affaire, afin de permettre aux candidats de bonne foi de poursuivre normalement le concours. La décision du Pôle Anti-Corruption est attendue le 26 mai prochain.
Ravo Andriantsalama








