Des microbes qui résistent aux médicaments, des infections de plus en plus difficiles à traiter et une menace qui touche aussi les écosystèmes. La résistance antimicrobienne, encore peu connue du grand public, inquiète de plus en plus les autorités sanitaires et environnementales. Le sujet a été au centre d’un atelier organisé ce mardi au Motel Anosy par le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Invisible mais déjà redoutable. La résistance antimicrobienne (RAM) gagne du terrain à Madagascar comme dans le reste du monde. Ce phénomène apparaît lorsque des microbes deviennent résistants aux médicaments censés les éliminer. Antibiotiques, antiviraux, antifongiques ou antiparasitaires perdent progressivement leur efficacité, notamment à cause de leur mauvaise utilisation.
« Ce n’est pas seulement un problème de santé humaine, cela touche aussi les animaux et l’environnement », explique Samoela Miharisoa Nathalie, point focal RAM au sein du MEDD. Selon elle, des microbes résistants peuvent se retrouver dans les différents écosystèmes et revenir ensuite vers l’homme ou les animaux « à travers l’alimentation et l’eau ».
Dans les sols, les eaux ou les aliments, la circulation de bactéries résistantes inquiète les spécialistes. Certaines bactéries comme les staphylocoques et les streptocoques montrent déjà des résistances préoccupantes face aux traitements. « Des médicaments qui étaient censés détruire les microbes ne fonctionnent plus correctement », alerte la responsable.
Conséquences économiques
Les conséquences pourraient être lourdes aussi bien sur le plan sanitaire qu’économique. Une infection plus difficile à soigner signifie davantage de complications, des hospitalisations plus longues et des risques accrus de décès. « Si les personnes sont malades, elles ne peuvent plus travailler et cela impacte l’économie », souligne Samoela Miharisoa Nathalie. Les projections mondiales sont également alarmantes. « Si aucune action n’est entreprise, la résistance antimicrobienne pourrait provoquer plus de décès que les cancers d’ici 2050 », avertit-elle.
Face à cette situation, les autorités veulent renforcer la lutte contre la RAM. Madagascar dispose déjà d’une stratégie nationale depuis 2019, mais celle-ci doit être actualisée. Parmi les priorités évoquées figurent la sensibilisation de la population et l’amélioration de la surveillance afin de mieux connaître l’évolution du phénomène. Pour les responsables réunis lors de cet atelier, la lutte contre la résistance antimicrobienne devient désormais une urgence autant sanitaire qu’environnementale.
Ravo Andriantsalama
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