Le Projet de Loi de Finances Rectificative (PLFR) 2026, actuellement en examen à l'Assemblée nationale, apporte plusieurs ajustements aux prévisions économiques et aux orientations budgétaires adoptées en début d'année. Entre ralentissement de la croissance, nouvelles taxes et création de crédits destinés aux nouvelles structures gouvernementales, l'exécutif tente d'adapter ses ambitions à une conjoncture moins favorable que prévu.
Le ton est donné. Si la Loi de Finances Initiale (LFI) 2026 avait été préparée sous le gouvernement de Christian Ntsay, le projet de Loi de Finances Rectificative PLFR actuellement soumis aux députés porte cette fois pleinement l'empreinte de la Refondation. Selon le ministre de l'Économie et des Finances, Dr Herinjatovo Aimé Ramiarison, l'équipe aujourd'hui au pouvoir n'avait procédé qu'à quelques ajustements techniques lors de l'adoption du budget initial en octobre dernier. Le document rectificatif constitue ainsi le premier véritable exercice budgétaire du nouveau régime.
Premier constat : les perspectives économiques ont été revues à la baisse. Le gouvernement abandonne son objectif initial de 4,8 % de croissance pour 2026 et table désormais sur 3,8 %. Une correction significative que les autorités expliquent par plusieurs facteurs défavorables.
Les perturbations de l'approvisionnement en carburant, liées aux tensions géopolitiques internationales, ont pesé sur l'activité économique. À cela s'ajoutent les conséquences des cyclones Fytia et Gezani qui ont frappé le pays en début d'année, provoquant d'importantes inondations dans plusieurs bassins agricoles stratégiques.
Le document budgétaire évoque également les troubles survenus entre le 25 septembre et le 17 octobre 2025 dans plusieurs grandes villes du pays. Selon les estimations officielles, les manifestations accompagnées de pillages auraient occasionné près de 230 milliards d'ariary de pertes matérielles, affectant durablement plusieurs secteurs économiques.
Nouvelles priorités budgétaires
Face à ce contexte, le gouvernement maintient la majorité des mesures fiscales déjà prévues dans la LFI 2026. L'augmentation des droits de visa d'entrée à Madagascar figure notamment parmi les dispositions conservées.
Le PLFR introduit toutefois plusieurs nouveautés destinées à renforcer les recettes publiques. Les vêtements de friperie seront désormais soumis à une taxe de 10 %. Les bières ainsi que les services de télévision payante feront également l'objet d'une fiscalité plus lourde.
Le gouvernement prévoit en outre de rétablir une taxe de 5 % sur le riz de luxe importé. Le pétrole lampant, largement utilisé dans certaines zones rurales, sera quant à lui taxé à hauteur de 20 %.
D'autres ajustements concernent le secteur automobile. Les véhicules hybrides, hybrides rechargeables ainsi que les véhicules et motocycles électriques seront désormais soumis à une fiscalité spécifique.
Malgré cette volonté d'accroître les recettes, les dépenses de l'État connaissent également une progression. Le PLFR intègre notamment les crédits nécessaires au fonctionnement du nouveau ministère chargé de la Refondation. Le budget prend également en compte la réorganisation gouvernementale ayant conduit à la séparation des ministères de l'Agriculture et de l'Élevage.
Enfin, une enveloppe budgétaire spécifique est prévue pour la nouvelle région d'Ambatosoa, signe de la volonté affichée par les autorités d'accompagner l'installation des nouvelles structures administratives issues de la réorganisation territoriale.
Au-delà des chiffres, ce PLFR apparaît comme un document de transition. Il traduit à la fois les contraintes imposées par une conjoncture économique difficile et la volonté de la Refondation d'inscrire progressivement ses propres priorités dans les finances publiques.
Ravo Andriantsalama








