Alors que les épreuves du CEPE se sont achevées hier sur l'ensemble du territoire national, l'examen a été marqué par plusieurs polémiques. Entre les mises en garde du ministère de l'Éducation nationale contre les faux sujets, les difficultés logistiques observées dans certains centres et les interrogations persistantes sur le niveau réel des élèves, l'examen d'entrée en sixième révèle une fois de plus les fragilités du système éducatif malgache.
Le CEPE est habituellement considéré comme l'examen officiel le moins exposé aux controverses. Cette année pourtant, l'évaluation destinée aux élèves du primaire s'est retrouvée au cœur de plusieurs interrogations. À la veille des épreuves, le ministère de l'Éducation nationale a diffusé une campagne de sensibilisation rappelant que la mise en vente ou la diffusion de sujets d'examen, authentiques ou falsifiés, est passible de poursuites judiciaires.
Une communication qui a rapidement alimenté les spéculations sur une éventuelle fuite de sujets. La directrice de la communication du ministère, Quesiah Botoale, a toutefois tenu à démentir formellement toute fuite. Selon elle, il s'agissait d'un rappel systématique des dispositions légales encadrant les examens officiels. Une précision qui n'a pas empêché les interrogations de persister, tant les affaires de fraudes et de faux sujets sont devenues récurrentes dans le paysage éducatif.
Parallèlement à ces suspicions, plusieurs difficultés ont été constatées dans certains centres d'examen. Des candidats ont dû composer assis à même le sol faute de tables-bancs en nombre suffisant dans la partie Sud du pays. Dans d'autres localités, des mouvements de foule ont été signalés lorsque des parents ont tenté d'escalader les clôtures des centres pour apercevoir leurs enfants durant les épreuves. Des scènes qui rappellent les insuffisances matérielles auxquelles l'école malgache demeure confrontée.
Course aux statistiques
Pour Rabearivelo, chef de service de l'inspection et de l'encadrement pédagogique au sein de la DREN Boeny, les soupçons de fuite de sujets ne constituent que la partie visible d'un problème plus profond. Selon lui, la course aux pourcentages de réussite influence de plus en plus les comportements au sein du système éducatif. Établissements, ZAP, CISCO et responsables administratifs seraient davantage préoccupés par les statistiques affichées en fin d'année que par le niveau réel des apprenants.
L'inspecteur estime que la corruption existe bel et bien, mais qu'elle trouve son origine dans l'insuffisance des acquis scolaires. « Un élève qui a réellement étudié pendant toute l'année ne devrait pas craindre le CEPE », soutient-il en substance. Le manque de confiance lié à un niveau insuffisant ouvre alors la voie aux vendeurs de faux sujets et à toutes les formes de tricherie qui gravitent autour des examens.
Plus préoccupant encore, cette baisse de niveau toucherait également les enseignants. Du primaire jusqu'au secondaire, les difficultés de maîtrise des contenus pédagogiques seraient de plus en plus perceptibles. Une situation qui expliquerait en partie les résultats souvent contrastés observés aux examens officiels.
Pour Rabearivelo, le véritable défi consiste à réorienter les priorités du système éducatif. L'objectif ne devrait pas être d'augmenter artificiellement les taux de réussite mais de garantir que chaque diplôme obtenu corresponde à un niveau réel de compétence. Faute de quoi, des élèves continueront à franchir les étapes de leur parcours scolaire sans maîtriser les connaissances fondamentales, au risque de décrocher quelques années plus tard.
Au lendemain du CEPE, les discussions autour des faux sujets, des difficultés logistiques et de la qualité de l'enseignement rappellent ainsi que la question centrale reste celle de l'apprentissage. Car au-delà des chiffres de réussite, c'est la capacité de l'école à transmettre durablement les savoirs qui demeure le véritable enjeu.
Ravo Andriantsalama








