Après le suicide de Narovana, 13 ans, qui aurait voulu se réincarner en jeune homme coréen, l'émotion a laissé place à une vive polémique. Entre plainte visant les vendeurs de produits dérivés de Death Note, interrogations sur l'influence des cultures étrangères et appels à une meilleure vigilance parentale, l'affaire dépasse désormais le simple fait divers.
La mort de Narovana continue de secouer l'opinion publique. La décision de ses parents de poursuivre les créateurs et vendeurs de produits liés à Death Note a relancé le débat sur l'influence des cultures étrangères sur la jeunesse malgache. Entre responsabilité parentale, consommation des contenus numériques et préservation de l'identité culturelle, les avis divergent.
Le drame continue de hanter les esprits. Le 14 janvier dernier, Narovana, une adolescente de 13 ans, mettait fin à ses jours en se jetant du haut d'un immeuble de quatre étages. Avant son geste, elle avait rédigé dans un carnet inspiré du célèbre manga japonais Death Note une liste de 99 raisons expliquant sa décision. Selon ses proches, elle souhaitait mourir pour se réincarner en jeune homme coréen. Une histoire qui avait déjà profondément choqué l'opinion publique. Aujourd'hui, elle prend une nouvelle dimension avec la volonté affichée de ses parents d'engager des poursuites judiciaires contre le mangaka à l'origine de l'œuvre ainsi que contre les vendeurs du carnet utilisé par leur fille.
Alors que certains internautes désignent déjà les mangas et les cultures asiatiques comme responsables du drame, plusieurs parents appellent à davantage de recul. Pour Tsanta Haingombaliha, rédactrice en chef de Studio Sifaka et mère de famille, l'affaire rappelle avant tout la difficulté de l'éducation à l'ère numérique. Elle explique que les contenus consommés par son enfant sont systématiquement sélectionnés et visionnés au préalable par les parents. Malgré ces précautions, elle reconnaît qu'aucun parent ne peut contrôler totalement l'univers auquel son enfant est exposé. « Il ne faut pas juger le choix des autres », rappelle-t-elle, estimant que chaque parent fait ses choix en fonction de ce qu’il considère être le meilleur pour son enfant. Â
Responsabilité parentale et dialogue familiale
Même constat chez Ando, père de trois enfants dont une adolescente. Selon lui, accuser les mangas revient à ignorer le véritable problème. Il estime que le manque de dialogue entre parents et enfants constitue souvent la principale faille. Dans son foyer, les contenus sont téléchargés et vérifiés par les parents avant d'être regardés. Mais surtout, ils font l'objet de discussions afin que les enfants puissent comprendre ce qu'ils regardent. Pour lui, le contrôle parental ne se limite pas à l'interdiction ; il passe également par la communication et l'accompagnement.
Du côté des autorités, le ton se veut plus nuancé. Théo Rakotovao, directeur de la Culture au ministère de la Communication et de la Culture, reconnaît que l'affaire soulève des interrogations sur l'impact de certains contenus étrangers dans la société malgache. Selon lui, le témoignage des parents de Narovana doit « permettre d'ouvrir un débat plus large sur les influences culturelles qui pénètrent le pays et sur leur compatibilité avec les valeurs locales ».
En attendant d'éventuelles suites judiciaires, une certitude demeure : l'affaire Narovana dépasse désormais le cadre d'un simple fait divers. Elle met en lumière les inquiétudes d'une société confrontée aux défis de la mondialisation culturelle, mais aussi les responsabilités partagées entre familles, institutions et producteurs de contenus dans l'accompagnement des jeunes générations.
Ravo Andriantsalama
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