La France veut renforcer ses relations avec l’Afrique tout en réduisant les moyens consacrés à l’aide au développement. Une contradiction que Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, n’hésite pas à qualifier de « contresens politique ». En visite à Madagascar, le député français appelle à maintenir les financements destinés aux partenariats internationaux.
La France doit-elle augmenter ses dépenses militaires tout en diminuant son aide au développement ? Pour Bruno Fuchs, la question mérite d’être posée. Lors de sa rencontre avec la presse à l’ambassade de France à Antananarivo, le député français a vivement critiqué la baisse des crédits consacrés à l’aide au développement. « Il y a un contresens politique à augmenter massivement les budgets militaires pour défendre son pays et, en parallèle, ne pas augmenter ou au moins maintenir les budgets de la diplomatie », a-t-il déclaré.
Pour le président de la commission des Affaires étrangères, l’aide au développement constitue justement l’un des instruments de la diplomatie française. Elle ne doit donc pas être considérée comme une dépense secondaire lorsque Paris cherche parallèlement à consolider ses relations avec les pays africains.
Le constat est d’autant plus préoccupant que la France fait face à des restrictions budgétaires. Le projet de budget français pour 2026 prévoit notamment 3,67 milliards d’euros de crédits de paiement pour la mission « Aide publique au développement ». Au sein du programme consacré à la solidarité envers les pays en développement, les crédits s’établissent à 1,54 milliard d’euros, soit une baisse de 22 % par rapport à 2025.
Baisse
Bruno Fuchs estime que cette réduction aura des conséquences sur les programmes financés par l’Agence française de développement (AFD), à Madagascar comme dans d’autres pays. « Il y a un contresens assez fort de la part de la France », insiste-t-il. Selon lui, Paris ne peut pas afficher l’ambition de développer des relations bilatérales fortes avec l’Afrique et, dans le même temps, réduire les moyens consacrés à l’aide au développement et à certains instruments d’influence.
Le député français ne conteste toutefois pas l’existence de contraintes budgétaires en France. Il rappelle que le pays fait face à une dette importante et que les réductions de crédits sont en partie liées à cette situation. Mais il juge le rythme de la baisse trop brutal. « Il aurait fallu être beaucoup plus lent dans la baisse et surtout trouver d’autres moyens de financement », estime-t-il.
Pour lui, une période de transition est nécessaire afin de permettre aux acteurs concernés de s’adapter et de rechercher d’autres sources de financement. Il cite notamment les ONG qui interviennent directement auprès des populations.
Cette question prend une importance particulière à Madagascar. La coopération française reste présente dans plusieurs secteurs, notamment l’eau, l’assainissement, la santé, les infrastructures et l’énergie. Un financement franco-malgache de 57 millions d’euros a d’ailleurs été signé en juin 2026 pour soutenir plusieurs projets, dont la réhabilitation d’infrastructures à Antananarivo.
Pour Bruno Fuchs, la France doit donc trouver un équilibre entre ses contraintes financières et ses ambitions diplomatiques. Car, à ses yeux, la coopération au développement ne relève pas uniquement de la solidarité : elle participe aussi à la capacité de la France à maintenir une relation durable avec ses partenaires.
Ravo Andriantsalama








