Madagascar veut diversifier ses partenariats. La France dit ne pas s’y opposer. En visite à Antananarivo, Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, reconnaît même qu’un pays comme Madagascar a intérêt à multiplier ses partenaires. Mais il pose une limite : la concurrence doit respecter les règles du jeu.
La France ne revendique plus l’exclusivité du partenariat avec Madagascar. Face au rapprochement entre Antananarivo et Moscou, Bruno Fuchs se veut pragmatique. « Si j’étais Malgache, je chercherais à diversifier mes partenariats », affirme le député français. Pour lui, aucun pays, qu’il s’agisse de la France, de la Russie, de la Chine ou des États-Unis, ne peut répondre à lui seul à l’ensemble des besoins de développement d’un pays africain.
La diversification est donc, à ses yeux, logique. Elle permet de faire jouer la concurrence et d’obtenir davantage de possibilités pour répondre aux besoins du pays. La France doit elle-même s’adapter à cette nouvelle donne. « Il faut que la France s’habitue à ça », explique Bruno Fuchs. Selon lui, la concurrence doit pousser Paris à être « plus compétitive, plus efficace, plus présente » et à faire évoluer certaines de ses pratiques.
Cette position s’inscrit dans un contexte où Madagascar cherche à élargir ses partenariats internationaux depuis l’arrivée de la Refondation. Paris a d’ailleurs affiché sa volonté de maintenir un partenariat avec Antananarivo, autour notamment de la relation politique, du développement économique et de la coopération en matière de sécurité et de défense.
La Russie, oui, mais pas le dénigrement
Pour Bruno Fuchs, le problème ne réside donc pas dans la présence russe à Madagascar. La ligne rouge se situe ailleurs. « Là où il y aurait un problème, c’est quand vous avez un concurrent qui n’utilise pas les mêmes règles du jeu », explique-t-il. Il cite notamment le dénigrement, la diffusion de fausses informations ou les tentatives visant à mettre un autre partenaire en difficulté.
Le député français estime que Madagascar doit pouvoir travailler avec Moscou si les règles sont claires. « Ce que donne la Russie, ou ce qu’offre la Russie, ou ce que vend la Russie, une grande partie de ces éléments-là , la France ne le donne pas ou ne le fait pas », reconnaît-il. La France et la Russie ne proposent donc pas nécessairement les mêmes choses. Pour Bruno Fuchs, il n’y a dès lors aucune raison de contester le principe d’une diversification des partenaires.
Il se montre toutefois beaucoup plus critique sur le bilan de certains engagements russes en Afrique. Il évoque notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger, où il estime que la présence russe n’a pas nécessairement amélioré les conditions de vie des populations. Il évoque également une réduction des libertés et une captation de certaines ressources au profit de l’extérieur. « Je ne suis pas sûr que ces modèles-là soient des modèles à proposer à une population qui aspire à mieux vivre », affirme-t-il.
Le député français estime par ailleurs qu’il existe parfois un décalage entre la visibilité médiatique de la présence russe et ses réalisations concrètes sur le terrain. La Russie peut être très présente dans le discours et les événements médiatiques sans nécessairement disposer des capacités permettant de répondre à l’ensemble des urgences malgaches. Pour autant, Bruno Fuchs ne préconise pas une rupture avec Moscou. Sa position est plutôt celle d’une compétition entre partenaires, à condition que celle-ci reste loyale.
Cette approche rejoint d’ailleurs son analyse plus large de la relation entre l’Afrique et l’Europe. Selon lui, aucun partenaire ne pourra à lui seul répondre aux besoins du continent. L’enjeu pour la France consiste donc moins à empêcher les autres puissances d’entrer en Afrique qu’à proposer une coopération suffisamment efficace et attractive pour conserver sa place.
Ravo Andriantsalama








