À l’approche des prochaines échéances électorales annoncées pour 2027, les partis politiques malgaches commencent à affûter leurs stratégies. Des formations historiques aux nouveaux venus, chacun tente de consolider ses bases, d’occuper le terrain et de gagner en visibilité. Une course encore précoce, puisque le calendrier électoral reste à préciser, mais qui semble déjà lancée.
À chacun son style. Après le coup d’envoi du processus de concertation nationale initié par le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes (FFKM), les acteurs politiques commencent eux aussi à se mobiliser. Certains, parmi les grosses écuries de la sphère politique, ont même entamé leurs activités de terrain depuis plusieurs mois. Avec l’annonce d’une première échéance électorale pour juillet 2027 et l’arrivée, en mai, des résolutions de la concertation nationale, les partis politiques sont d’autant plus sur le qui-vive.
Du côté des grosses pointures, le premier à avoir monté au créneau est le « Tiako I Madagasikara » (TIM) de l’ancien président Marc Ravalomanana. Visites et tournées dans les régions, mobilisation de la base politique : le parti multiplie les initiatives. Son influence s’étend même à certains maillons de la chaîne administrative, notamment au niveau des fokontany, où plusieurs centaines de chefs fokontany à travers le pays ont été remplacés. Certains de leurs remplaçants seraient issus du parti de « Dada ».
Les oranges sont également toujours présents. Malgré l’absence de leur chef de file, l’ancien président Andry Rajoelina, ils demeurent jusqu’ici la principale force d’opposition au régime de la refondation. Le dernier coup d’éclat du chef de l’opposition parlementaire, Philobert Milavonjy, qui s’est affiché en « réconciliation » avec le président Mickael Randrianirina à Ambovombe, dans l’Androy, n’a fait que renforcer la visibilité du « Tanora Malagasy Vonona » (TGV) dans le clivage politique actuel.
Le « Hery Vaovao ho an’i Madagasikara » (HVM) de l’ancien président Hery Rajaonarimampianina et l’« Antoko Revolisionera Malagasy » (AREMA) de feu l’amiral Didier Ratsiraka semblent, en revanche, davantage en retrait par rapport à leurs deux traditionnels rivaux.
Surprenant
Pour les partis politiques de la nouvelle école, les préparatifs sont également de mise. Pour les dirigeants actuels, même s’il n’existe pas encore de structure politique concrète, les récents déplacements du colonel Michael Randrianirina à l’étranger et dans les régions pourraient peser dans la balance s’il décidait, le moment venu, de briguer sa propre succession. Jusqu’ici, le chef de la Refondation n’a donné aucun signe clair sur sa position concernant la prochaine élection présidentielle. L’hypothèse d’une candidature ne peut toutefois pas être totalement écartée.
D’autres partis, beaucoup moins médiatisés que ceux déjà cités, placent également leurs pions, discrètement ou ouvertement, sur l’échiquier politique national. Le Rassemblement des citoyens responsables (RCR) de Laza Razafiarison et l’Otrikafo d’Elia Rabevahiny en sont deux exemples. Le premier multiplie les sorties médiatiques sur les plateaux de télévision et dans les studios de presse. Le second continue de jouer son rôle de défenseur des populations autochtones face au projet Varamada, anciennement connu sous le nom de Base Toliara.
Les tout nouveaux partis sont eux aussi présents et semblent prêts à en découdre sur l’arène politique. L’exemple le plus frappant reste celui du Réveil patriotique pour Madagascar uni (RPMU). Appuyé par les « amis de la Russie » et, selon certaines affirmations, peut-être même par le Kremlin, le parti a déjà commencé à mobiliser ses troupes. Des ateliers thématiques et des formations destinés aux staffs et aux membres dirigeants ont notamment été organisés dans plusieurs villes du pays.
La stratégie du parti « Kintana » est, elle, plus surprenante encore. Loin des plateaux de télévision, la formation a choisi de porter son action devant la Haute Cour constitutionnelle (HCC), en demandant la dissolution de l’Assemblée nationale. Une revendication déjà formulée par une partie de la population, mais rejetée par la HCC. Malgré ce rejet, cette démarche a permis au parti de gagner en visibilité.
Finalement, chacun choisit sa méthode et sa stratégie. Mais pour se préparer à des échéances électorales qui restent encore incertaines, les partis politiques malgaches semblent déjà explorer toutes les voies possibles.
Ravo Andriantsalama








