La prolongation de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu’en décembre 2028 offre une nouvelle bouffée d’oxygène aux exportateurs malgaches. Après le vote du Congrès américain, les acteurs économiques se tournent déjà vers la prochaine bataille : obtenir un accord plus durable tout en répondant aux nouvelles attentes américaines, notamment sur les minerais critiques.
C’est une étape importante franchie à Washington. La Chambre des représentants américaine a adopté le projet de loi HR6500 prolongeant l’AGOA jusqu’à la fin de l’année 2028, après le vote du Sénat quelques semaines auparavant. Le texte a aussi déjà eu l’aval du président Donald Trump qui signifie son entré en vigueur. Pour Madagascar, cette décision éloigne provisoirement le spectre d’une rupture commerciale avec l’un de ses principaux marchés d’exportation.
Au sein du Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP), la satisfaction est de mise. « Nous avons obtenu un sursis de deux années supplémentaires », explique son président Hery Lanto Rakotoarisoa. Cette période doit permettre aux entreprises malgaches de continuer à produire pour le marché américain tout en préparant la suite.
Car l’enjeu dépasse largement une simple prolongation de deux ans. L’objectif affiché est désormais d’obtenir un cadre commercial plus long et plus stable. Pour les opérateurs économiques, la visibilité reste un élément essentiel pour investir, recruter et sécuriser les commandes. Le secteur textile, principal bénéficiaire de l’AGOA à Madagascar, fonctionne sur des cycles de production qui nécessitent des perspectives à plusieurs années.
Durabilité
La diplomatie malgache à Washington prépare déjà cette nouvelle étape. L’ambassadrice de Madagascar aux États-Unis, Lantosoa Rakotomalala, qui copréside le sous-comité sur l’AGOA au sein du Corps diplomatique africain aux États-Unis, estime que cette prolongation doit ouvrir la voie à une modernisation du dispositif. L’objectif est d’obtenir un renouvellement prévisible et à long terme afin de soutenir les investissements et la création d’emplois en Afrique comme aux États-Unis.
Mais la relation commerciale entre Madagascar et Washington évolue. Les États-Unis souhaitent également défendre leurs intérêts stratégiques, notamment dans l’accès aux minerais critiques. Pour Antananarivo, la question sera de trouver un équilibre entre l’ouverture aux investissements étrangers et la protection des intérêts nationaux.
Hery Lanto Rakotoarisoa insiste sur la nécessité d’appliquer le principe du « Malagasy first ». Selon lui, Madagascar doit être capable de valoriser ses ressources et ses avantages compétitifs dans les négociations, afin que les éventuels accords futurs profitent d’abord au pays.
La prolongation de l’AGOA représente en effet un enjeu économique et social majeur. Selon le GEFP, environ 90 000 emplois dépendent aujourd’hui des activités liées à l’AGOA à Madagascar. Certaines entreprises exportatrices emploient plusieurs milliers de personnes, avec des effectifs pouvant atteindre 7 000 à 10 000 travailleurs.
Au-delà des chiffres, c’est donc toute une chaîne économique qui est concernée : emplois, investissements, exportations et recettes en devises. Les deux prochaines années seront ainsi décisives pour transformer ce sursis en véritable partenariat de long terme entre Madagascar et les États-Unis. L’enjeu n’est plus seulement de préserver l’AGOA jusqu’en 2028, mais de préparer déjà l’accord qui viendra après.
Ravo Andriantsalama








