Près de 10 000 Malgaches travaillent aujourd’hui à Maurice. Derrière cette migration professionnelle, devenue avantageuse pour les deux pays, se cache toutefois un parcours semé d’étapes administratives et de risques. Entre recruteurs, employeurs et travailleurs en situation irrégulière, l’île Maurice veut désormais mieux encadrer cette main-d’œuvre étrangère.
Partir travailler à Maurice ne se résume pas à décrocher un emploi et prendre l’avion. Pour un jeune Malgache qui souhaite tenter sa chance dans l’hôtellerie, le transport ou d’autres secteurs, le parcours commence bien avant son arrivée sur l’île. Recruteur, employeur, ministère du Travail : plusieurs acteurs interviennent avant que le travailleur puisse exercer légalement.
C’est précisément sur ce parcours que Maurice entend mettre de l’ordre. « Nous sommes actuellement en période de reformulation d’un système pour mieux accueillir, protéger et sauvegarder les intérêts des travailleurs étrangers », explique Bruno Cunniah, ambassadeur de Maurice à Madagascar lors d’une interview exclusive accordée à Studio Sifaka hier.
Le problème commence notamment lorsque la frontière entre séjour et travail devient floue. Les Malgaches peuvent se rendre à Maurice sans visa pour un court séjour, sous certaines conditions. Selon l’ambassadeur, certains utilisent cette possibilité pour travailler illégalement ou pour entrer sur le territoire avant de disparaître.
Entre opportunité et vulnérabilité
Une situation qui peut aussi profiter à certains employeurs. Bruno Cunniah reconnaît l’existence d’entrepreneurs qui exploitent la détresse de personnes en situation précaire, même s’il insiste sur le fait que la majorité des employeurs opèrent dans la légalité.
Le paradoxe est là : Maurice a besoin de cette main-d’œuvre étrangère et les travailleurs malgaches trouvent dans l’île une rémunération attractive. Le salaire minimum mauricien avoisine 1,7 million d’ariary, selon l’ambassadeur, auquel peuvent s’ajouter d’autres avantages. Mais cette attractivité peut aussi pousser certains à prendre des raccourcis.
Or, travailler dans l’illégalité signifie travailler avec la menace permanente d’une sanction. « Il y a la loi », rappelle Bruno Cunniah, qui souligne que les mesures de déportation ne sont pas prises arbitrairement, mais résultent du non-respect des règles en vigueur.
Pour éviter cette situation, le recrutement légal apparaît comme le principal filtre. L’ambassadeur cite le cas d’une compagnie d’autobus mauricienne ayant mandaté un intermédiaire à Madagascar. Après les entretiens et la sélection des candidats, leurs dossiers sont transmis au ministère du Travail afin qu’ils puissent rejoindre Maurice légalement.
Le processus est complexe, reconnaît-il. C’est justement cette complexité que les autorités veulent désormais rendre plus transparente. Pour le travailleur malgache, le premier réflexe en cas de problème reste par ailleurs de se tourner vers l’ambassade de Madagascar. En cas de maltraitance notamment, celle-ci constitue le premier recours.
Avec près de 10 000 travailleurs malgaches sur son territoire, Maurice se retrouve donc face à un double impératif : continuer à attirer une main-d’œuvre étrangère dont l’économie a besoin, tout en empêchant que cette mobilité ne devienne une porte d’entrée vers l’exploitation ou le travail clandestin. Le futur cadre annoncé devra trouver cet équilibre.
Ravo Andriantsalama








