La place des jeunes dans la vie politique malgache ne se résume plus à leur participation aux mobilisations. Vendredi dernier, au Pavé Antaninarenina, le débat organisé par Studio Sifaka et la radio Sioka a surtout porté sur leur capacité à exercer des responsabilités, leur expérience et la place qu’ils doivent désormais occuper dans la prise de décision.
Depuis septembre 2025, les jeunes sont devenus plus visibles dans le débat politique malgache. Mais cette visibilité suffit-elle à justifier leur accès aux postes de responsabilité ? C’est l’une des principales questions qui a animé les échanges lors du débat public organisé le 9 octobre par Studio Sifaka et la radio Sioka, dans le cadre du projet Manehoa. Autour de la table : Elia Rabevahiny, président du parti Otrikafo, Faniry Rakotoson, président des jeunes TIM Analamanga, Ony Miangaly Andriamanohisoa, étudiante en sciences politiques à l’UCM, et Julien Rakotomalala, journaliste politique à Midi Madagasikara.
La question de la préparation des jeunes aux hautes responsabilités a rapidement opposé les points de vue. Pour les représentants des partis politiques, l’expérience et l’accompagnement des aînés restent nécessaires. Le parrainage politique doit permettre aux jeunes d’acquérir progressivement les compétences nécessaires avant d’accéder à des fonctions importantes. Une approche qui suppose donc une transmission entre générations et une montée en responsabilité progressive.
Être jeune ne suffit pas
Une position qui n’a pas fait l’unanimité. Du côté de l’université et du journalisme, l’idée défendue était plutôt celle d’une mise à l’épreuve directe des jeunes. Après leur rôle dans les mobilisations de 2025, ceux-ci doivent désormais pouvoir accéder aux responsabilités et démontrer leur capacité à agir. L’enjeu n’est donc plus seulement de savoir si les jeunes veulent participer à la politique, mais s’ils sont prêts à prendre des décisions et à en assumer les conséquences.
Le débat s’est également déplacé vers les jeunes qui occupent déjà une place dans la sphère politique. Leur présence dans les structures partisanes ou dans certaines responsabilités a soulevé une autre série de questions : quel est réellement leur rôle ? Quelle expérience possèdent-ils ? Quelle expertise peuvent-ils mettre au service des fonctions qu’ils occupent ? Et surtout, leur présence traduit-elle réellement un renouvellement des pratiques politiques ou simplement un rajeunissement des acteurs ?
Ces interrogations ont particulièrement animé les échanges. Derrière la question de l’âge se pose en réalité celle de la compétence et de la capacité à traduire les aspirations portées par la jeunesse en décisions concrètes. Le renouvellement générationnel ne peut ainsi pas se limiter à faire entrer de nouveaux visages dans les structures politiques. Il suppose également que ces jeunes disposent d’une véritable capacité d’action et de décision.
Le débat a ainsi confronté les regards du monde politique, universitaire et journalistique sur l’engagement des jeunes depuis septembre 2025. Devant une assistance composée de quelques dizaines de personnes, les échanges ont également porté sur la faible représentation des jeunes parmi les élus et les candidats aux élections communales, leur rapport aux partis traditionnels et leur capacité à éviter la reproduction des pratiques qu’ils dénonçaient lors des mobilisations. Une question demeure au terme des discussions : après avoir été une force de mobilisation, les jeunes sont-ils désormais prêts à devenir une force de décision ?
Ravo Andriantsalama








