Sécheresse, fortes chaleurs, pluies irrégulières… Madagascar pourrait faire face à plusieurs perturbations météorologiques liées à El Niño dans les prochains mois. Quels sont les risques pour le pays et comment s’y préparer ? Zo Andrianina Rakotomavo, directeur des recherches et développements hydrométéorologiques au sein de la Direction générale de la météorologie, fait le point sur les impacts possibles et les mesures à prendre.
Quels sont les principaux impacts d’El Niño attendus à Madagascar ?
Les effets pourraient varier selon les régions. Dans le Sud et le Sud-Ouest, le risque de déficit pluviométrique et de sécheresse est particulièrement préoccupant. Les pluies pourraient se faire attendre, ce qui aurait des conséquences sur l’agriculture et les ressources en eau, avec un risque d’insécurité alimentaire.
Dans d’autres régions, notamment au Nord, les pluies pourraient devenir plus irrégulières. Même si le cumul des précipitations reste comparable à la normale, leur répartition dans le temps pourrait être fortement perturbée. Des pluies habituellement réparties sur un mois pourraient ainsi tomber en quelques jours, suivies de longues périodes sèches.
Selon nos prévisions, les pluies pourraient rester relativement normales jusqu’à la mi-novembre, avant de devenir plus irrégulières jusqu’à la fin janvier. Dans certaines zones du Nord et Est de l’ile, des précipitations plus importantes pourraient survenir entre février et avril.
El Niño peut-il également entraîner de fortes chaleurs ?
Oui. El Niño est un phénomène naturel qui peut perturber le climat. Le changement climatique, lui, est notamment causé par les activités humaines. Et dans un contexte actuel de réchauffement global, les deux phénomènes peuvent se renforcer mutuellement. El Niño peut accentuer la hausse des températures.
Il faut toutefois distinguer les épisodes de forte chaleur des canicules, qui correspondent à des situations spécifiques. Les prévisions météorologiques permettront de mieux suivre l’évolution des températures et d’informer la population sur les risques.
Qu’en est-il des cyclones ?
El Niño est généralement associé à une activité cyclonique moins importante dans certaines zones de l’océan Indien. Toutefois, cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de cyclones à Madagascar.
Il est aussi important de ne pas se focaliser uniquement sur leur nombre, mais sur leur intensité. Même si les cyclones sont moins nombreux, le risque de phénomènes intenses demeure.
Quels autres secteurs pourraient être touchés ?
L’agriculture et l’élevage figurent parmi les secteurs vulnérables. Un manque de pluie au moment des semis ou de la floraison peut compromettre les récoltes, même si les précipitations reprennent par la suite.
La qualité et le rendement de certaines productions agricoles pourraient également être affectés. Des cultures comme le cacao, le litchi, la vanille ou le girofle pourraient subir les conséquences des conditions météorologiques défavorables.
L’élevage pourrait lui aussi être perturbé par la dégradation des conditions de vie des animaux. Cela pourrait avoir des répercussions sur la production et la qualité du lait, des œufs et de la viande.
Les écosystèmes naturels sont également concernés. Avec la hausse des températures, certaines espèces animales pourraient être amenées à se déplacer vers des habitats plus favorables. Ces évolutions nécessitent un suivi et des mesures de protection adaptées.
Quelles mesures les autorités prévoient-elles pour anticiper les impacts d’El Niño ?
Un plan national de préparation, d’anticipation et de réponse est en cours d’élaboration avec les différents ministères et acteurs concernés, avec l’implication du système des Nations unies dans les démarches liées au financement.
L’objectif est d’identifier les risques propres à chaque secteur et de définir les actions nécessaires avant, pendant et après les éventuels événements météorologiques extrêmes.
Les mesures envisagées concernent par exemple la sécurisation des infrastructures et des services essentiels, le renforcement des moyens d’intervention des forces de l’ordre, la gestion des risques d’inondation et la préparation des établissements scolaires.
Le secteur agricole est également concerné, avec la préparation de recommandations sur les semences à privilégier selon les cultures et les conditions climatiques attendues. Ces mesures doivent permettre aux agriculteurs de mieux adapter leurs activités aux prévisions saisonnières.
La météorologie nationale dispose-t-elle des moyens nécessaires pour suivre El Niño ?
La surveillance d’El Niño repose notamment sur les observations météorologiques et satellitaires à l’échelle mondiale. Il n’existe pas d’instrument spécifique destiné uniquement à mesurer ce phénomène.
À Madagascar, le réseau de stations météorologiques reste toutefois insuffisant au regard des besoins. Le pays compte 23 stations. L’objectif est de renforcer progressivement leur couverture territoriale, idéalement jusqu’au niveau des communes.
Le manque de personnel constitue également un défi : seuls trois prévisionnistes sont actuellement disponibles au sein de notre service. Le renforcement des équipements et des ressources humaines est donc essentiel pour améliorer la précision des prévisions et mieux informer les autorités comme la population.
Que peut faire concrètement la population pour se préparer ?
Le plus important, suivre régulièrement les prévisions et les alertes officielles de la météorologie nationale, que ce soit à la télévision, à la radio, sur sa page Facebook ou sur son site officiel. Prenez également l’habitude de vérifier les informations avant de les partager, afin d’éviter la propagation de rumeurs ou de fausses interprétations.
En cas de fortes pluies, il faut être prudent sur les routes et éviter les zones à risque d’inondation ou de glissement de terrain. Il est également conseillé de renforcer les toitures et les portes des habitations et de sécuriser les arbres qui pourraient représenter un danger.
Face au risque de sécheresse, la gestion de l’eau est primordiale. Il est conseillé de récupérer et de stocker l’eau de pluie lorsque cela est possible, d’économiser les ressources disponibles et de protéger les points d’eau.
Les agriculteurs peuvent, de leur côté, adapter leurs pratiques aux conditions climatiques annoncées et tenir compte des recommandations relatives aux cultures et aux semences.
Enfin, la préparation doit se faire collectivement. Les autorités locales et les communautés doivent coordonner leurs actions pour protéger les personnes les plus exposées et mieux réagir en cas d’alerte.
Pourquoi est-il important de mieux informer et éduquer la population sur les risques liés à El Niño ?
La simple diffusion d’informations ne suffit pas. Il faut aussi aider la population à mieux comprendre les risques et à adopter les bons comportements sur le long terme. Une population bien informée et des autorités bien préparées seront mieux armées pour faire face aux conséquences d’El Niño.








