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©Studio Sifaka
La Salle XX, là où se tient l’Examen Périodique Universel pendant le conseil des droits de l’Homme.

Violence envers les personnes atteintes d’albinisme, changement climatique, ... les nouveaux défis de Madagascar en matière de droits de l’Homme.

La 50e session du conseil des Droits de l’Homme vient d’être clôturée. L’Office des Nations Unies à Genève, en Suisse, accueille cette réunion trois fois par an. Madagascar a été représenté par la mission permanente de notre pays auprès des Nations Unies et organisations internationales à Genève, conduite par Tatiana Eddie Razafindravao. Sortante de l’ENAM à l’âge de 24 ans, elle remplit la fonction de chargée d’affaires par interim auprès de cette entité depuis octobre 2019. Interview.

 

Studio Sifaka : Pouvez-vous décrire par vos propres mots le travail que vous faites, particulièrement dans le cadre du conseil des Droits de l’Homme.  

Nous avons un pôle Droits Humains au sein de la Mission Permanente. Avec notre équipe, on prépare les rapports et les déclarations nationales. On se positionne également par rapport aux déclarations conjointes ou régionales en Afrique, par exemple. On étudie aussi certaines prises de position ou adhésion à d’autres communications conjointes où Madagascar a été sollicité par d’autres pays et qui peuvent être dans l’intérêt de notre pays. Ou parfois c’est l’équipe même qui propose des communications conjointes avec d’autres pays par rapport à un thème particulier, tout ceci en partant des instructions venant de la capitale et des priorités du gouvernement.

Studio Sifaka : En quoi le travail que vous faites, avec votre équipe, est-il important pour Madagascar et quel est son impact pour notre pays ?

Notre travail dans le cadre des Droits de l’Homme a un enjeu particulier par rapport à toutes les autres représentations extérieures de Madagascar. Déjà, on est à Genève, on est au siège de l’Office des Nations Unies à Genève et du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme. On est donc à la première ligne à chaque fois qu’il y a un conseil des Droits de l’Homme.  Nous sommes là pour être non seulement l’avocat de notre pays, mais aussi pour trouver les opportunités pour améliorer les conditions des Droits de l’Homme à Madagascar et la mise en œuvre des engagements internationaux relatifs aux Droits de l’Homme auxquels Madagascar a adhéré.

Studio Sifaka : Qu’est-ce qui vous plait dans votre travail ?

Beaucoup de choses me plaisent dans mon travail. Surtout je suis très fière d’être malgache et de porter la parole de mes compatriotes. Ici, on porte la parole du gouvernement mais c’est toujours dans l’intérêt de la population malgache. C’est une grande satisfaction quand on arrive à adhérer plusieurs pays à une cause qui est chère à Madagascar. C’est autant une satisfaction personnelle que professionnelle, même si notre travail semble intangible pour la plupart des gens. Je fais ce travail car j’ai encore foi à notre pays.

Studio Sifaka : Vous parlez des causes qui sont chères à Madagascar que vous défendez auprès du Conseil, vous avez des exemples à citer ?

Une de nos priorités du moment est de mettre en lien les thématiques des Droits de l’Homme aux conséquences du changement climatique. Considérant que Madagascar est le 4e pays le plus vulnérable face au changement climatique. Pouvoir défendre ça et mettre en avant cet argument à chaque fois dans notre déclaration, c’est déjà non seulement une porte qui s’ouvre vers d’autres opportunités et d’autres projets vers Madagascar mais c’est aussi une manière d’apporter de l’aide à la population.

 

 

Studio Sifaka : À part la question du changement climatique, Madagascar fait face aussi à d’autres grands défis en termes de Droits de l’Homme. Le fact sheet pays de cette année mentionne les violences basées sur le genre, les droits des détenus et la liberté d’expression. Nous sommes à mi-parcours de notre prochaine évaluation à l’examen périodique universel. Dans quel domaine nous avons fait des avancées positives, et dans quel domaine le gouvernement doit-il fournir plus d’efforts, de votre point de vue ?

À ce stade, un comité interministériel doit être crée au niveau gouvernemental avec la participation de la société civile. Ils vont monter ensemble le dossier du pays qui sera présenté à notre prochain exam périodique universel (EPU). Je ne suis pas en mesure de donner des détails par rapport à qu’est-ce qui a été fait concrètement pour l’instant. Ce que je peux dire, ce sont les points sur quoi Madagascar doit s’améliorer. C’est surtout en termes d’insécurité et sur les cas de violence envers les personnes atteintes d’albinisme. Ce sont les plus grandes préoccupations pour lequel Madagascar a été interpellé au niveau de Genève et par plusieurs agences des Nations Unies. D’ailleurs, la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la question de l’albinisme a demandé à venir dans notre pays pour chercher à comprendre ce qui se passe réellement. On a déjà fixé un calendrier mais rien n’est encore officiel à ce jour.

Studio Sifaka : Comment expliquez-vous l’écart entre les chiffres présentés par le gouvernement et ceux recueillis par le système des Nations Unies sur les violences faites aux personnes atteintes de l’albinisme ?

L’Etat ne peut présenter que le nombre de plaintes déposées auprès de la gendarmerie et du système public. Mais dans la réalité, si des cas de violation des Droits de l’Hommes se présentent, la victime préfère approcher une association ou une ONG plutôt que de faire appel à l’autorité, que ce soit la police, la justice etc. Culturellement, pour nous les Malgaches, le Fanjakana a été/est synonyme d’oppression, rajouté à cela l’engrenage à la corruption. Les citoyens ont une certaine méfiance envers le Fanjakana. Entre les chiffres que l’Etat a recueilli et celui donné par la société civile, la différence avoisine une cinquantaine de cas, ce qui est vraiment énorme. Et on est obligé d’expliquer cette différence.

Studio Sifaka : Mais est-ce qu’il y a également un effort à faire pour améliorer la fluidité des informations entre les différents acteurs sur le terrain, le gouvernement et à votre niveau ici à Genève ?

Effectivement. Madagascar a hérité de l’administration publique française, qui est très lourde et pas toujours efficace en termes de procédures. Il y nécessairement une réforme à faire. Quand on voit qu’ailleurs, les diplomates ont juste besoin de s’échanger des whatsapp avec sa Capitale pour avoir des instructions. Et que dans de nombreux pays africains, il faudra écrire une lettre avec un numéro, un cachet, il faut l’imprimer, l’envoyer, elle doit passer par plusieurs personnes jusqu’au ministre avant d’arriver ici. Alors que devant une situation particulière, la décision doit être prise dans l’heure. Cela nous ralentit et nous pénalise car on est dépassé par les évènements.

L’autre raison aussi, est qu’on n’a pas d’ambassadeur ici en Suisse. Et techniquement, l’ambassadeur est le représentant du président de la République. En tant que représentant, il a le mot et la position pour s’exprimer à sa place et à le remplacer dans un temps bien défini, si besoin.

Studio Sifaka : Quels conseils avez-vous à transmettre aux jeunes qui aspirent à une carrière dans la diplomatie ou dans la fonction internationale ?

Alors, en tant que sortante de l’  ENAM, la seule voie pour devenir diplomate malgache est de suivre la voie royale. Faire le concours national à l’ENAM, terminer les deux années de formation, devenir agent diplomatique et consulaire et intégrer le département central au niveau du ministère des Affaires étrangères. Mais le plus difficile dans ce parcours, c’est de savoir si on est réellement prêt à s’engager. Travailler en tant que diplomate n’est pas seulement aller en mission à l’extérieur et rencontrer des hautes personnalités. Il y a beaucoup de sacrifices derrière, pour ne citer que la vie de couple et la vie familiale. À la suite de la réforme réalisée en 2019, nous avons un plan de carrière bien défini désormais : il faut passer tel nombre d’année dans un département central, tel nombre d’année dans une représentation permanente. Il y a cette rotation en permanence. Déménager d’un pays vers son pays puis vers un autre. Également, par rapport à la mission elle-même, notre travail ne connait pas d’heures supplémentaires. Être un diplomate c’est être joignable 24h/24. C’est un métier assez exigeant. Il faut être au courant de tout, à n’importe quel moment. On doit maitriser des sujets très techniques pendant les différentes réunions et représentations, allant des maladies transmissibles à la question de migration. Être une personne ouverte à la culture mais aussi toujours prête à se remettre en question. Et enfin, maitriser parfaitement la langue française et anglaise, une autre langue en plus est toujours appréciée.

 

Propos recueillis par Tsanta Haingombaliha

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