Faute d’avoir trouvé à Madagascar des acteurs intéressés par son projet, Nomena Tsimijaly, étudiant à l’École nationale d’informatique (ENI) et développeur, a saisi une opportunité professionnelle en Ouganda. Il y développe Nkusu, une application basée sur les données pour optimiser la production agricole. Un parcours qui illustre aussi les difficultés rencontrées par les jeunes Malgaches qui souhaitent transformer leurs compétences numériques en solutions concrètes.
À l’origine, Nomena Tsimijaly ne se destinait pas particulièrement au secteur agricole. Étudiant à l’École nationale d’informatique (ENI), il s’est retrouvé à travailler sur une solution destinée aux agriculteurs après avoir été sollicité en Ouganda pour contribuer au développement d’une application dans ce domaine.
Baptisée Nkusu, cette application vise à optimiser le rendement des exploitations agricoles grâce aux données. L’objectif est de dépasser une approche traditionnelle de l’agriculture et d’utiliser les outils scientifiques, mathématiques et informatiques pour améliorer la production. « Je ne connaissais pas vraiment l’agriculture au début. J’ai dû apprendre beaucoup de choses pour pouvoir faire l’application », explique Nomena.
Mais avant de travailler sur ce projet en Ouganda, le jeune développeur avait envisagé de développer ses compétences et ses solutions à Madagascar. Il affirme toutefois ne pas avoir trouvé d’acteurs suffisamment intéressés par son projet.
Opportunité
« Nous n’avons pas trouvé de personnes intéressées ici. En Ouganda, c’est le pays qui recherchait des développeurs pour travailler sur l’agriculture », raconte-t-il. L’opportunité ougandaise s’est ainsi présentée dans un contexte où Nomena devait également penser à son avenir professionnel. Il dit souhaiter pouvoir travailler un jour sur des projets similaires à Madagascar, mais estime que l’instabilité politique et les difficultés de l’environnement local compliquent cette perspective. « Il faut aussi pouvoir survivre. On ne peut pas seulement travailler pour son pays sans avoir les moyens de vivre », souligne-t-il.
À travers Nkusu, Nomena entend pourtant montrer que l’informatique peut contribuer directement à la transformation de secteurs comme l’agriculture. Les données peuvent notamment permettre d’améliorer la précision des semis ou encore de détecter plus rapidement l’apparition de maladies sur les cultures. Pour lui, le développement de telles solutions à Madagascar nécessite cependant davantage de moyens. L’accès aux données, les infrastructures numériques et la qualité de la connexion internet figurent parmi les principales difficultés. Son équipe est notamment contrainte de louer des serveurs à l’étranger afin de bénéficier de meilleures performances.
Nomena estime néanmoins que le manque de moyens matériels ne devrait pas empêcher les jeunes de développer leurs idées. « Le problème, ce sont les matériels, pas les capacités intellectuelles », affirme-t-il. Son message aux jeunes est simple : l’absence de moyens ne signifie pas nécessairement l’impossibilité de réaliser un projet. « On peut creuser avec une cuillère, on n’est pas obligé d’attendre d’avoir une pelle », résume-t-il, convaincu que les difficultés peuvent aussi devenir une source de fierté lorsqu’elles sont surmontées.
Pour Nomena, Madagascar dispose de nombreux atouts qui pourraient être mieux exploités grâce aux technologies numériques. Encore faut-il, selon lui, donner à l’informatique une place plus importante dans les stratégies de développement. L’enjeu ne se limite pas à fabriquer des ordinateurs ou des téléphones, mais consiste aussi à traiter les données pour améliorer les performances d’autres secteurs, dont l’agriculture.
Ravo Andriantsalama








