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©Razafimamonjy Ny Aina Sarah
A 35 ans, Razafimamonjy Ny Aina Sarah continue toujours de prendre soin de son sifflet.

Femme : la passion du rugby au bout du sifflet

Le rugby n’est pas seulement une affaire d’hommes. Razafimamomjy Fara Hary Ny Aina dit Rasoa, officie comme arbitre depuis 17 ans dans le rugby malgache. Elle est la preuve vivante que les femmes peuvent avoir leur place dans le sport de contact collectif. Portrait de cette superwoman du rugby.

Sa passion pour le rugby

Jeune et souriante, pour cette femme, tout a commencé au collège, en classe de cinquième. Son professeur d'EPS enseignait le rugby mais seulement aux garçons « pour une simple question de sécurité », dit-elle. Mais tous les mercredi après-midi, elle s'introduisait au stade d'Alarobia pour regarder les entraînements des équipes professionnelles et assister aux cours de rugby. C’est dans ce stade qu'elle commence à se passionner pour ce sport sans le pratiquer encore. « Mes parents n'acceptaient pas que je pratique ce sport, ni que j’aie des relations avec ceux qui le pratiquent, mes parents les considérent comme des voyous », poursuit-elle.  Mais cela ne l’a pas empêchée de voir des matchs de rugby au Stade Malacam.  « Je partais en cachette pour voir les matchs de rugby », souligne-t-elle. Après avoir eu le bac, elle poursuit ses études en Droit. Arrivée en 2ème année, elle s'aperçoit que ses longues études seront un poids pour ses parents. Donc, « j’ai souhaité devenir enseignante d’éducation physique et de sport, alors j’ai décidé d’intégrer l’Ecole Nationale du Sport à Ampefiloha. » explique-t-elle. Son professeur à l’ENS, le Dr Rakotoniaina Jean Baptiste qui était lui-même Directeur Technique National de la fédération Malgache du Rugby à l'époque, l'a incitée à poursuivre des formations avec la fédération.

Sa première expérience en tant qu'arbitre

Rasoa débute sa carrière d’arbitre en 2004, au stade Malacam, pendant la finale de championnat régional cadet entre ATI et CEA Andranomanalina. C’était la première fois qu’un sifflet était tenu par une femme à Madagascar. « J’avais le trac et mes deux pieds tremblaient pendant 80 minutes et après, j’ai pris goût même si je devais encaisser les insultes et la pression des supporteurs, qui me disaient que je me trompais de métier. Mais c'était à travers ces insultes que j’ai pris du courage et de la force pour continuer ». D’ailleurs, « elle est une femme battante et elle joue un rôle pédagogique très important lorsqu’elle prend le relais du sifflet. » poursuit Dina Andriantanjona, conseiller technique de la ligue d’Atsinanana Rugby.

Un métier rare pour les femmes

En intégrant le corps arbitral, les femmes et les hommes sont égaux. D’ailleurs, elle a opté pour devenir arbitre de rugby pour prouver à sa famille qu'il y a de la culture et de l'enseignement dans cette discipline. Puisque les femmes arbitres sont très rares, Rasoa, fière d’elle, réagit à cela en disant : « on sait que les femmes ont du mal à intégrer ce domaine mais c'était un défi. Moi, je l’ai fait ! J’ai eu la reconnaissance de mes parents. ouhh c’est une belle histoire à raconter à ma descendance ».

Une arbitre respectée

Quoi qu’il en soit, Rasoa se sent plus que jamais à sa place et les joueurs le lui rendent plutôt bien. En effet, lors de l’arbitrage de la finale de la Coupe du Président en 2015, au Stade de Mahamasina, entre le FTM Manjakaray et TFA Anatihazo, un match joué à  guichet fermé, les joueurs des deux camps l'ont fait sortir sous une haie d’ honneurs et ont salué sa bonne gestion du match pendant les 80 minutes + 20 minutes de prolongation.

Son projet pour les femmes et les jeunes

Puisqu’elle a suivi une formation en arbitrage de haut niveau en 2017 en Tunisie et en 2018 avant la coupe d'Afrique Féminine au Botswana, elle souhaite accompagner les projets de développement du rugby malgache. «Un de mes plus grands projets est de pouvoir aider les jeunes et les femmes à accéder au métier d’arbitre et de contribuer au développement du rugby malgache», note Fara Hary Ny Aina Razafimamonjy. Elle est l’une des 25 femmes arbitres à avoir franchi la frontière du rugby national et international.