Né dans les hauteurs de Fianarantsoa, le groupe 6 Watt trace son sillon loin des circuits classiques. Six hommes, une même vibration : faire du reggae un outil d’expression, d’ancrage culturel et de conscientisation. Derrière les rythmes chaloupés, un discours assumé, enraciné dans l’identité betsileo et tourné vers les combats d’aujourd’hui.
Ils ont fait leurs premières armes sur la scène de l’International Reggae Festival de Fianarantsoa, un rendez-vous loin d’être anodin dans le paysage musical malgache. Véritable tremplin pour les artistes en devenir, l’événement a servi de révélateur à 6 Watt. Lors des opens mic, le groupe, composé de cinq musiciens et d’un leader vocal, y a dévoilé une énergie brute, porté par une même urgence : dire, dénoncer, proposer.
Leur musique puise dans plusieurs registres ; reggae, ragga, dancehall, jusqu’à des touches de trap ; sans jamais perdre son fil conducteur. Car au-delà du style, c’est une identité qui s’impose. 6 Watt chante en malgache, mais surtout en dialecte betsileo. Un choix fort, presque militant. Dans leurs textes, la langue devient territoire, mémoire et revendication. Le public, notamment les connaisseurs, ne s’y est pas trompé. Cette authenticité est devenue leur signature.
Une musique qui dépasse le simple divertissement
Chez 6 Watt, le fond compte autant que la forme. Le groupe ne se contente pas de faire vibrer les scènes. Il porte des causes. L’éducation citoyenne, la lutte contre les injustices sociales, la préservation de l’environnement ou encore l’autonomie alimentaire s’invitent dans leurs morceaux. Des titres comme Tanalahy, Traka, Hasakasakao ou Madagasikara traduisent cette volonté de parler au peuple, dans une langue qui lui ressemble.
Mais l’histoire de 6 Watt commence ailleurs. Avant les scènes et les publics, il y avait un besoin plus intime : évacuer le stress du quotidien, trouver un équilibre. La musique comme exutoire, presque comme une thérapie. Une « musicothérapie » à leur manière. De cette démarche personnelle est née une dynamique collective.
Le groupe a même franchi une étape supplémentaire. Il a créé un espace à part, un lieu où l’art et la terre se rencontrent. On y répète, on y compose, mais on y cultive aussi. Une manière concrète de défendre leurs convictions, notamment sur l’autosuffisance alimentaire et le respect de l’environnement. Chez 6 Watt, le message ne s’arrête pas aux paroles : il se vit.
Dans un paysage musical souvent dominé par des tendances éphémères, ces jeunes « fianarois » s’installent dans la durée avec une proposition cohérente. Une musique enracinée, consciente et habitée. Le reggae, chez eux, n’est pas qu’un style. C’est un langage. Une manière de tenir debout, et de faire entendre une voix venue des hauts plateaux.
Ravo Andriantsalama








