À Anosibe, quartier populaire d'Antananarivo souvent associé à l'insalubrité et à l'insécurité, Tahina Randrianarivo, plus connu sous le nom de « Prophétie », a choisi une autre voie. Rappeur, enseignant en arts plastiques, travailleur social et fondateur de la Tanimanga Foundation, il mène depuis plusieurs années des actions culturelles, environnementales et sociales avec un seul moteur : la volonté d'aider sa communauté, sans attendre l'arrivée d'un financement extérieur.
Les murs d'Anosibe racontent souvent des histoires difficiles. Déchets qui s'accumulent, précarité, manque d'espaces pour les jeunes... C'est en grandissant au milieu de cette réalité que Tahina Randrianarivo a imaginé la Tanimanga Foundation. L'idée est née en 2017 avant de prendre officiellement la forme d'une association en 2020. Aujourd'hui, ils sont sept bénévoles à porter le projet.
« Nous avons créé cette fondation parce que nous avons vu tout ce qui manque dans notre pays. À Anosibe, le problème des déchets est l'un des plus visibles. Nous avons voulu commencer par agir chez nous », explique-t-il.
À travers la fondation, les initiatives se multiplient. Un petit studio d'enregistrement permet d'accompagner les jeunes artistes du quartier. Des campagnes de sensibilisation à l'environnement encouragent les habitants à reverdir leur cadre de vie grâce au concept de « mpanamaitso ». Dans le domaine social, Tahina dispense également des cours d'arts plastiques à des enfants en partenariat avec plusieurs associations, en privilégiant le recyclage comme outil pédagogique.
Agir avec ses propres moyens
Pour beaucoup d'associations, la recherche de financements constitue une priorité. À la Tanimanga Foundation, le choix est différent. Aucun bailleur, aucune subvention, aucun projet financé de l'extérieur. « Nous n'avons pas de bailleurs de fonds et nous n'en cherchons pas. Nous utilisons notre propre argent. Entre amis, nous nous soutenons. Tout repose sur le bénévolat. Le manque d'argent ne doit pas devenir une excuse pour ne rien faire », affirme le fondateur.
Cette philosophie guide toutes les actions de l'association. Les projets avancent parfois lentement, mais ils avancent. L'objectif n'est pas d'organiser des activités spectaculaires, mais d'apporter des changements concrets dans le quotidien des habitants, aussi modestes soient-ils.
À Anosibe, quartier souvent décrit à travers ses difficultés, Prophétie préfère mesurer son impact autrement. « Même si seulement trois ou quatre personnes nous écoutent, c'est déjà une victoire. Ces personnes peuvent ensuite influencer les autres », dit-il.
Pour lui, le développement d'une communauté ne dépend pas uniquement des financements ou des grandes organisations. Il commence aussi par des citoyens qui décident d'agir, avec les moyens dont ils disposent, là où ils vivent.
Ravo Andriantsalama
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